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Bernard Debré souhaite «un remaniement pour la dernière ligne droite»
Bernard Debré emboîte le pas de Jean-Pierre Raffarin. L’ex-premier ministre souhaite une « initiative politique » du gouvernement après les cantonales, évoquant un « remaniement ». Le député UMP estime lui qu’« on ne peut pas persévérer dans l’erreur ». Et souhaite aussi un changement au sein de l’exécutif. « On ne peut pas continuer à avoir une politique étrangère aussi affaiblie. C’est Michèle Alliot-Marie, c’est la cellule étrangère de l’Elysée », met en cause Bernard Debré, ancien ministre de la Coopération. « Est-ce qu’il faut continuer à armer les régimes totalitaires ? », demande-t-il. « C’est paradoxal de vendre des armes et dire après qu’on ne veut pas qu’ils les utilisent. On en était, il n’y a pas très longtemps, à essayer de vendre des Rafales à la Libye et au pays du Golfe ». Bernard Debré appelle globalement le gouvernement à « se calmer », notamment sur l’ISF et le bouclier fiscal, car chacun « y va de sa petite phrase ». Entretien.
Jean-Pierre Raffarin souhaite une « initiative politique » du gouvernement après les cantonales, évoquant un « remaniement ». Est-il nécessaire ?
Je pense que oui. Il y a eu quelques troubles récents au niveau gouvernemental. Il serait bon qu’il y ait, avant ou après les cantonales, mais plutôt après, un remaniement pour mettre à plat un certain nombre de problèmes, ne serait-ce que le problème de la politique étrangère. On voit qu’elle est beaucoup hésitante, que ce soit sur le Mexique, la Tunisie ou la Cote d’Ivoire. La politique de la France est quand même beaucoup affaiblie. Il y a la nécessité de faire le point. Je crois nécessaire un remaniement pour la dernière ligne droite.
Michèle Alliot-Marie doit-elle être remplacée ?
Il est vraisemblable qu’il faille tirer les leçons de ce qui s’est passé. On ne peut pas continuer à avoir une politique étrangère aussi affaiblie. C’est Michèle Alliot-Marie, c’est la cellule étrangère de l’Elysée. Le Mexique est une puissance importante, on ne peut pas se permettre d’avoir une relation aussi désastreuse, quelle que soit la culpabilité ou l’innocence de Florence Cassez. Notre ambassadeur en Tunisie n’a pas été d’une grande délicatesse. Devant la donne qui va complètement changer sur le contour méditerranéen, il faut une révision drastique de la politique française. Maintenant, c’est Nicolas Sarkozy qui choisit. Mais il ne faut pas aller aux élections avec une faiblesse à ce niveau là.
Réviser la politique étrangère est nécessaire. Il faut une part de réalisme, c’est évident. Il y a la réalité au Maghreb et au Machrek, des révolutions incroyables dans le monde, qui passent par internet. Il faut être réaliste vis-à-vis de cette démocratisation, se tenir prêt à les aider. Il y a toute une politique intérieure à promouvoir. On ne peut pas recevoir des milliers de personnes de Libye, de Tunisie ou d’Algérie qui fuient leur pays. Au niveau européen, français, il faut une révision des politiques économiques, militaires et étrangères vis-à-vis de ces pays. Est-ce qu’il faut continuer à armer les régimes totalitaires ? C’est paradoxal de vendre des armes et dire après qu’on ne veut pas qu’ils les utilisent. On en était, il n’y a pas très longtemps, à essayer de vendre des Rafales à la Libye et aux pays du Golfe aussi.
Le problème est-il plus large que les seules questions de politiques étrangères ?
Pour la cohésion du gouvernement, il faut arrêter de partir dans tous les sens : on enlève le bouclier fiscal, ou on ne l’enlève pas tout à fait. On l’enlève l’ISF, ou on ne l’enlève pas tout à fait… Les Français sont un peu perdus. Qu’il y ait des discussions à l’Assemblée ou au Sénat, c’est fait pour ça. Mais ce n’est pas au gouvernement de laisser percer l’hésitation, des états d’âme.
A l’UMP, Jean-François Copé a-t-il raison de lancer des débats ?
Il faut bien séparer les choses. Le Président donne l’orientation, le premier ministre met en musique, les ministres font ce qu’on leur demande. Au niveau du bouillonnement des idées, il y a un Parlement, une majorité et le parti.
Et l’exécutif ne doit pas prendre part à ces débats ?
Il faut se calmer un peu au niveau du gouvernement. Il n’y a pas de cohésion, tout le monde parle et y va de sa petite phrase. C’est de notoriété publique. Il y en un qui dit « il faut retirer l’ISF », un autre qui dit « il ne faut pas ».
Le gouvernement actuel ne devait-il pas être un gouvernement de professionnels ?
Quelques fois, les annonces ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. Donc après les cantonales, ce sera le moment de faire un changement de gouvernement pour réviser la politique. Ce n’est pas un bouleversement qu’on demande. Mais vis-à-vis des Français, il est nécessaire qu’il y ait une adaptation pour les élections à venir.
Mais un nouveau remaniement ne peut-il pas être perçu comme une forme d’instabilité à la tête de l’Etat ?
On ne peut pas persévérer quand il y a un problème et dire il n’y a rien à voir. On voit bien qu’il y a des problèmes en politique étrangère. Si on poursuit cette politique ce sera un poids vis-à-vis des électeurs. Les Français n’ont pas compris. On ne peut pas persévérer dans l’erreur.
Sans remaniement ni changement de politique, craigniez-vous des déconvenues pour la majorité ?
On voit qu’on n’est pas en pleine forme. Les sondages montrent qu’il y a un problème. Il ne faut pas l’éluder.
C’est un problème de personne ou de politique ?
Les deux. Les personnes qui mènent des politiques. Ce n’est pas le Président qui est en cause, c’est la cohésion du gouvernement. Après mars, il ne restera qu’un peu plus d’un an. Il faut une vraie cohésion avec un gouvernement de combat, un peu plus large. C’est l’occasion de donner plus de place aux centristes. C’est vraissemblable, c’est dans l’air du temps. Et le combat ne sera pas simple. Dominique Strauss-Kahn est un homme qui pèse. L’attaquer sur sa personne est une mauvaise chose. Il faut se préparer à attaquer son programme.




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