Benjamin Sportouch le commentateur de france inter ferait la demonstration inverse si la majorité des ministres n'était pas des élus
La lettre de Hollande : «Un travail de différenciation avec Sarkozy»
François Miquet-Marty , directeur associé de l’institut de sondage Viavoice, voit dans la lettre aux Français de François Hollande la « revendication d’une identité de gauche » pour mieux se différencier de Nicolas Sarkozy. Il joue aussi d’une image de « proximité par rapport à Sarkozy qui incarne le Président bling bling ». L’idée : « Le candidat qui parle au nom du peuple face à un Président enfermé dans les dorures de l’Elysée ».Dans cette lettre qui « se termine par la mise en scène de son rôle dans la présidentielle », François Miquet-Marty y voit « une matrice » que le candidat « peut déployer pendant la campagne ». Analyse.
Ce type de lettre a-t-il un impact auprès des électeurs ou s’agit-il plus d’une figure imposée ?
Tout dépend du contenu de la lettre et de son positionnement. Celle-ci est particulièrement riche par rapport à ce qui était perçu de François Hollande. Cela a un impact dans la mesure où ça contribue à construire son positionnement et à le rendre plus lisible.
François Hollande a souffert d’un déficit de lisibilité jusqu’ici ?
Oui. Ce qui a été marquant dans la période de la fin de la primaire à aujourd’hui, c’est l’image d’un Hollande attaché à la défense des équilibres financiers. C’était un de ses engagements politique pendant la primaire. Là, ce qui me semble très frappant, c’est le fait qu’il a un discours très identitaire. Car il y a une distance prise par rapport aux contraintes du marché, une réhabilitation de l’action politique et une différenciation par rapport à Nicolas Sarkozy. A la lecture de ce texte on a une revendication d’une identité de gauche qui se situe par rapport au combat contre Nicolas Sarkozy et les marchés. Ça parait être une banalité mais c’est fondamental. En 2002, la progression de Jean-Marie Le Pen était notamment due au fait que les trois quart des Français pensaient que les projets de Jospin et Sarkozy étaient quasi identiques. Donc ce travail de différenciation entre les deux candidats est fondamental. On a véritable discours identitaire de gauche. Ça me semble fort par rapport à ce qu’on a entendu de Hollande depuis septembre. Il peut convaincre les personnes en situation difficile.
François Hollande parle de « redressement long », « d’efforts considérables », tout en parlant « d’espérance » et de « rêve français ». Toute la difficulté pour le candidat est-elle de concilier ces thèmes qui peuvent paraitre opposés ?
C’est l’un des enjeux majeurs de cette présidentielle et pour François Hollande. Ce n’est pas nouveau. C’est toute l’histoire de la gauche : la conciliation entre l’idéal et le réel. Mais aujourd’hui la tension paraît plus vive. L’impératif pour François Hollande est de reconnaître l’importance du réel, des contraintes, et en même temps faire apparaitre un idéal, un espoir. Dans un sondage qu’on a réalisé, 70% des sympathisants de gauche disent qu’on vit dans un monde qui manque de rêve et d’utopie. Mais les marges de manœuvre sont étroites. Dans ce texte, il y a une tentative de conciliation des deux : les promesses d’un changement mais dans le respect de certaines contraintes. Le risque, c’était une trop grande proximité perçue face à Nicolas Sarkozy. C’était le réveil des clivages européens, de Maastricht, de la France du oui et du non. Et là, le risque est mortifère pour la gauche.
Il y a une formulation qui peut sembler étonnante : « Beaucoup va dépendre de la gauche (…) mais aussi de la force de ma propre candidature », comme si cette force ne lui paraissait pas encore acquise…
Mais il dit aussi à la fin qu’il est « prêt ». Il s’inscrit plutôt dans la continuité de sa détermination depuis son discours de Périgueux. Il est sur la construction d’une candidature, il n’est plus simplement la personne sélectionnée à la fin de la primaire. Le texte se termine par la mise en scène de son rôle dans la présidentielle. Il y a un jeu d’identification entre le peuple de gauche, François Hollande et l’histoire de France.
Le candidat PS définit 4 grands principes : la vérité, la volonté, la justice et l’espérance. Mais dans sa lettre ne manque-t-il pas encore l’image d’un candidat avec une vision pour le pays ?
Ce n’est pas un discours programmatique, donc on n’a pas de propositions concrètes. On est sur l’importance accordée à certaines valeurs. Il s’agit plus d’un texte de position qu’un texte programmatique. Il y a quelques surprises quand il liste les préoccupations pour les Français. Il n’y a rien sur les conditions de travail. C’était déjà l’un des enjeux absent de la primaire, alors que dans nos enquêtes beaucoup de gens nous en parlent. C’est surprenant de ne pas le retrouver.
François Hollande cherche à s’adresser aussi aux classes populaires dans sa lettre. C’est l’un des enjeux de sa victoire ?
C’est un enjeu en même temps que celui des classes moyennes. Pour mon livre (Les oubliés de la démocratie, ed. Michalon), j’ai réalisé une série d’entretiens individuels et j’ai rencontré des critiques très virulentes de la société. Ce sont ces personnes-là qui sont prises en compte dans ce texte. Quand on rappelle que la gauche et la droite sont deux choses différentes, ce n’est pas qu’aux classes moyennes, mais aussi aux plus défavorisés qu’on s’adresse. Pour un candidat de gauche c’est essentiel de rappeler ça. Et ce n’est pas anodin que le texte soit publié dans Libération, quotidien de gauche.
Le socialiste écrit « je resterai proche de vous ». Qu’elle soit réelle ou factice, c’est aujourd’hui nécessaire pour un candidat de jouer la proximité ?
La distance avec la classe politique est à son paroxysme. Elle était très forte au début des années 90. Elle est revenue au même niveau. Il y a une volonté de proximité sociologique par rapport à Nicolas Sarkozy qui incarne le Président bling bling. François Hollande est dans une dimension de proximité. Et une dimension de compréhension avec une capacité à prendre la mesure de la souffrance des Français. C’est l’idée que Nicolas Sarkozy, enfermé dans son château, n’a plus la possibilité de saisir les souffrances réelles. C’est exactement la thématique qu’avait utilisée François Mitterrand en 1981 face à Valérie Giscard d’Estaing. C’est une thématique qui est forte. C’est un grand classique d’un candidat de gauche face à un Président de droite, mais c’est nécessaire. C’est le candidat qui parle au nom du peuple face à un Président enfermé dans les dorures de l’Elysée. Ça fonctionne. C’était aussi le cas avec Chirac, même s’il était candidat de droite, face à Edouard Balladur. Il y a un adversaire : Sarkozy entouré par la puissance de l’argent. Un combat : celui du peuple emmené par François Hollande contre Nicolas Sarkozy. Et un récit : réhabiliter l’histoire de France qui essaie de défendre le peuple face aux privilégiés. En filigrane, il y a plein de choses : 1936, 1848, 1789. C’est un véritable texte politique. Il y a une profondeur de champ. C’est une matrice qu’il peut déployer pendant la campagne présidentielle.

.jpg)



Réagir