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«On n’a jamais eu un Président sortant dans une position aussi difficile»
Hier soir sur France 2 avait lieu le face à face très attendu entre François Hollande, le candidat socialiste et Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères. Frédéric Dabi, directeur général adjoint d’Ifop, analyse la semaine médiatique du candidat socialiste. Il affirme qu'«il peut se passer encore beaucoup de choses en 100 jours».
François Hollande était opposé hier soir à Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères. Comment analysez-vous la prestation du candidat socialiste ?
A minima on peut dire que François Hollande n’a pas perdu car il n’a pas été mis en difficulté et indirectement Alain Juppé l’a aidé sur trois plans : premier plan, en critiquant le projet socialiste, le ministre des Affaires étrangères a contribué à le faire exister et a montré que c’était une alternative. Deuxièmement, en le critiquant il a aussi recréé du clivage gauche-droite. Ce qui est une bonne chose pour ne pas voir le score de Hollande érodé à gauche. Et troisièmement, sur la forme, avoir un Juppé pugnace et un Hollande calme, maîtrisant son sujet, l’a présidentialisé encore plus.
Ce face à face vient clore une grosse semaine où François Hollande a occupé les premiers rangs de la scène médiatique. Comment jugez-vous cette semaine ?
Cette émission fait suite à la séquence du Bourget qui a accéléré sa campagne. Ségolène Royal avait elle échouée en 2007 lors de son premier grand meeting après avoir été élue aux primaires socialistes. En 2002, Lionel Jospin avait déclaré lui que son projet n’était pas socialiste. Et François Hollande n’a pas raté son entrée. Dans nos enquêtes on voit clairement un effet Bourget. Et en refusant de citer le nom du chef de l’Etat, il alimente le dialogue entre un candidat et les français.
Il y a eu plusieurs ratés dans la première partie de la campagne de François Hollande en plus des attaques dont il était la cible. Aujourd’hui ce temps paraît loin…
Les électeurs ne se déterminent pas sur les couacs de campagne et les petites phrases. Ils se déterminent sur des questions majeures. Ces couacs peuvent influer s’ils se produisent à répétition. Tout ce qui est petites phrases arrive en bas de la liste des préoccupations des français. Ils sont intéressés par les questions qui les touchent comme la TVA sociale, les plans sociaux…
On sent que la synthèse entre son programme social-démocrate et les sensibilités marquées plus à gauche des électeurs de Jean Luc Mélenchon sera difficile.
Il y a chez François Hollande une logique de rassemblement à gauche. Le clivage gauche-droite dont je vous parlais précédemment a donné des gages à la gauche avec ses déclarations sur le monde de la finance notamment. Dans le même temps, le rapport de force à gauche a donné des points à Jean Luc Mélenchon. Il bénéficie de l’inexistence de l’extrême gauche et séduit une partie des électeurs socialistes qui jugent le candidat Hollande « pas assez à gauche ». Mélenchon n’est pas encore un danger mais peut constituer un risque d’effritement du score que fera le candidat socialiste
Et il reste encore beaucoup de temps avant le premier tour…
Pour l’instant Hollande arrive à bien concilier son positionnement à gauche et le rassemblement des électeurs pour le second tour. Les enquêtes d’opinion ne sont pas prédictives mais on observe qu’il est solide dans des catégories pas forcement acquises à la gauche comme les personnes âgées et les cadres supérieurs.
Et pendant ce temps, Nicolas Sarkozy qui tarde à se déclarer enfile peu à peu le rôle de challenger.
On n’a jamais eu sous la Vème République un président sortant dans une position aussi difficile que celle de Nicolas Sarkozy. Là c’est vrai qu’on a un président en situation de challenger et qui est encore sous la menace de Marine Le Pen. On est entre 4, 3 voire 2 points de différence parfois entre les deux. Mais il peut se passer encore beaucoup de choses en 100 jours…

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