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Le Sénat reconnaît officiellement la répression de la manifestation du 17 octobre 1961

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Zied Ounissi
Le 23.10.2012 à 19:43
Le Sénat reconnaît officiellement la répression de la manifestation du 17 octobre 1961
© AFP

La proposition de résolution relative à la reconnaissance de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 a été adoptée d’une courte majorité aujourd’hui au Sénat. Pour la première fois, la France reconnaît officiellement la responsabilité de l’Etat dans la répression sanglante de la manifestation d’algériens du 17 octobre 1961.

Voté. Le Sénat a adopté à 174 voix pour et 168 voix contre, la proposition de résolution sur la reconnaissance de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961. Un texte qui prévoit également la réalisation d’un lieu de souvenir à la mémoire des victimes.

David Assouline : « se rassembler pour les uns et pour les autres »

La proposition de résolution déposée par le groupe Communiste Républicain et Citoyen (CRC) en janvier dernier, et votée ce jour au Sénat, s’inscrivait dans la foulée de la déclaration du Président François Hollande qui, à l’occasion du 51e anniversaire de la répression de la manifestation, avait ouvert la voie en reconnaissant la « sanglante répression » de la manifestation, qu’il avait qualifiée de « tragédie ». Là encore, c’était la première fois qu’un chef de l’Etat reconnaissait officiellement l’évènement.

Le 17 octobre 1961, environ 20 000 Algériens et Algériennes défilent dans les rues de Paris à l’appel du FLN. Ils manifestent « pacifiquement »contre le couvre-feu mis en place par le préfet de police Maurice Papon à l’encontre des « Français musulmans d’Algérie. La répression fit plusieurs centaines de morts, jetés dans la Seine, tués par balle, à coups de pioche ou de crosse de fusil.

Le sénateur communiste de Paris, Pierre Laurent, auteur de la proposition de résolution, s’est « félicité » de la reconnaissance par le Président de la république « d’un crime d’Etat emblématique (…) de la période coloniale ». Il a profité de la tribune pour demander l’ouverture de toutes les archives disponibles sur le sujet et l’abrogation de la notion d’archive incommunicable, introduite en 2008. Il a par ailleurs fustigé l’attitude « navrante » de François Fillon et de Christian Jacob sur ce sujet, dont « dont l’objet [des propos] est de minimiser la responsabilité de la France [dans la répression de la manifestation] ».

Roger Karoutchi : « il ne faut pas écrire l’histoire dans un seul sens » 

Dans le même esprit, le sénateur PS de Paris, David Assouline, a appelé au « rassemblement pour les uns et pour les autres », considérant que « seule la vérité apaisait et permettait de se tourner vers l’avenir ». Pour le sénateur de Paris, qui a longtemps été professeur d’histoire et s’est beaucoup investi sur le sujet, la reconnaissance est le seul moyen d’éviter « l’instrumentalisation », « l’oubli » et le « non dit ». Il a par ailleurs appelé ses camarades du groupe UMP à « rester vigilant » en veillant notamment « à ne pas s’envoyer des morts dans la figure ».

Avant lui, un autre professeur d’histoire, le sénateur UMP des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi, qui au fur et à mesure de la séance allait se retrouver de plus en plus seul sur les bancs de l’opposition, s’est déclaré hostile au vote de résolution : « qu’on ouvre les archives parfait ! Que les choses soient faites dans la clarté, très bien ! (…) mais il ne faut pas écrire l’histoire dans un seul sens ».

Dans un style décomplexé, l’ancien secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement n’a pas manqué de provoqué l’ire des sénateurs socialistes, écologistes et communistes, en insistant sur le fait qu’ « entre le 2 et le 17 octobre 1961 aucune des décisions prises par la préfecture de police n’avait outrepassé les lois de la république ». Le sénateur UMP des Hauts-de-Seine, qui anima à lui seul la séance, affirma aussi qu’il n’y avait pas lieu « de remettre en cause les institutions de la République et le respect de la police républicaine ». Il a provoqué l’indignation des sénateurs socialistes en qualifiant de « dérapages » les crimes commis « sur les ponts ».

Par la voix du sénateur du Val-d’Oise, Robert Hue, les sénateurs du groupe RDSE ont « jugé important de disposer d'un lieu du souvenir à la mémoire des victimes » et ont indiqué qu’ils voteraient « majoritairement » pour la proposition de résolution. Au nom des centristes, le sénateur Yves Pozzo di Borgo, visiblement très ému à l’issue de son discours, a déclaré qu'il n'était pas favorable à la déclaration en l'état. Il a en revanche demandé une large concertation, «  associant l'Algérie », « pour trouver la route du pardon mutuel ».

Visite de François Hollande à Alger en décembre prochain

Le Ministre délégué aux Relations avec le Parlement, Alain Vidalidès, présent au débat, a émis, au nom du gouvernement, un « avis favorable » au vote de la proposition de résolution, rappelant la volonté du chef de l’Etat de « se tourner vers un avenir partagé [avec l’Algérie] sans se détourner d’un passé dont nul ne peut nier l’existence. »

La vote de la proposition de résolution tombe à pic avant la visite de François Hollande en Algérie en décembre prochain.