Sarkozy : la campagne qui ne dit pas son nom

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François Vignal
Le 09.03.2010 à 17:31
Nicolas Sarkozy, mardi 9 mars, lors de sa visite en Franche Comté, à Pontarlier. - AFP
Nicolas Sarkozy, mardi 9 mars, lors de sa visite en Franche Comté, à Pontarlier.
© AFP
Déplacements dans les régions, interview la veille du scrutin, messages en direction de son électorat… C’est la drôle de campagne de Nicolas Sarkozy pour les régionales, qui s’engage sans le dire. Le PS pointe du doigt. Le Président se défend d’interférer dans le scrutin.

Faire campagne, l’air de rien. A quatre jours du premier tour des régionales, Nicolas Sarkozy est sur le terrain. Il était ce mardi en Franche-Comté. Officiellement sur le thème de l'emploi et de la formation professionnelle. Mais la tête de liste UMP n’est autre qu’Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la coopération. Surtout, la région est jugée gagnable par la droite.

Le Parti socialiste a sauté sur l’occasion et n’a pas manqué de pointer le déplacement de Sarkozy « aux frais du contribuable ». Une visite « inadmissible (…) pour aller soutenir son ministre », dénonce le porte-parole Benoît Hamon.

Réponse du Président, lors de sa visite : « On va me dire, vous venez pour les élections. (…) C'est la 4e fois que je viens (en Franche-Comté) (...) Si je ne dois pas venir quand il y a des élections, ben je verrais pas souvent la Franche-Comté ! (…) Mon rôle de chef de l'Etat n'est pas de rentrer dans une campagne ». Il ajoute : « Bien sûr, ne soyons pas hypocrite, chacun sait quels sont mes amis (...) mais je n'ai pas à interférer ».

Dominique Paillé dénonce aussi une fausse polémique : « Depuis 2007, Nicolas Sarkozy est présent sur le terrain toutes les semaines, quand ce n’est pas deux fois pas semaine. Il y traite des problèmes du moment et avance des solutions. Il est dans son rôle », explique le porte-parole adjoint de l’UMP à Public Sénat.fr.

Interview la veille du scrutin

La Franche-Comté n’est pas la première région à recevoir la visite de Nicolas Sarkozy. Le 9 février, le chef de l’Etat a jeté son dévolu sur le Centre, où Hervé Novelli, secrétaire d’Etat au Commerce et au PME, mène la liste UMP. La Corse, conservée par la droite en 2004 mais menacée en cas d’union de la gauche au second tour, a aussi bénéficié de la visite présidentielle. Et de la promesse de dizaines de millions d’euros d’investissement. La semaine dernière, le déplacement du chef de l’Etat à Laon, dans l’Aisne, a rappelé le temps d’un bain de foule ensoleillé la campagne de 2007. Selon nos informations, la table ronde organisée avait été réglée au millimètre par les services de la préfecture, mobilisés pour rassembler des fonctionnaires triés sur le volet.

Côté Ile-de-France, Nicolas Sarkozy s’est comporté en véritable chef de parti, en recevant Valérie Pécresse et les têtes de liste UMP de la région pour recadrer une campagne brouillée par l’affaire Soumaré et les tensions Pécresse/Karoutchi.

Retour aux fondamentaux de la droite

Même s’il s’en défend, la campagne fantôme du Président se joue aussi dans les médias : l’émission diffusée fin janvier sur TF1 avec des Français sera complétée samedi par un entretien dans le Figaro magazine… à la veille du scrutin.

Autre forme d’engagement, plus politique : le retour aux fondamentaux de la droite. Après le débat sur l’identité nationale, la majorité a entonné la petite musique de la sécurité. Ce week-end, au Salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy a cette fois douché les espérances des écologistes en affirmant que l’environnement, « ça commence à bien faire ».

« Sarkozy est dans un entre-deux qui ne lui ressemble pas »

Tout l’art pour le chef de l’Etat consiste à s’engager sans le dire. Car si les Français votent avant tout pour des enjeux régionaux, les résultats auront aussi une résonnance nationale. Avec des sondages qui prédisent de nouveau une vague rose, il est d’autant plus risqué pour Nicolas Sarkozy de s’engager explicitement. « Nicolas Sarkozy est dans une situation d’entre-deux qui explique sa gêne et ne lui ressemble pas. S’il laisse entendre qu’il est indifférent, à quoi bon se déplacer pour voter ? », analyse pour Public Sénat François Miquet-Marty, directeur de l’institut Viavoice. Résultat, « le Président intervient de façon minimale pour entretenir la mobilisation de son propre électorat. En même temps, il n’intervient pas trop pour éviter un vote sanction et que la défaite lui soit imputée ». C’est tout le dilemme de Nicolas Sarkozy, soutenir sans trop se mouiller.

 
TINTIN
N'est plus, mais l'a été vraisemblablement un instant ; et puis la défaite se précisant, F. Fillon ajoute que c'est un simple enjeu régional, donc sans intérêt, ni conséquences. Comment après de tels discours lutter contre l'abstention?

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