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Taxe Google: «Les gens qui ont écrit ce truc-là n’ont rien compris», selon Pierre Kosciusko-Morizet
Il est très remonté. Et il n’est pas le seul dans le secteur de l’économie numérique. Le PDG de PriceMinister, Pierre Kosciusko-Morizet, dénonce le vote par le Sénat d’une taxe de 1% sur l’achat de publicité en ligne. Il estime que la taxe ne touche pas Google mais les « PME françaises » qui risquent de « délocaliser ». Entretien.
La taxe de 1% sur l’achat de publicité en ligne, dite « taxe Google », vous inquiète-elle ?
Premièrement, je dénonce le fait que Google ne paie pas d’impôts en France. Ils font de l’évasion fiscale à outrance. L’Union européenne ne joue pas son rôle. Je trouve très bien que le Sénat s’occupe de l’évasion fiscale. Ceci étant dit, on parle de taxe Google, alors que cette taxe taxe tout sauf Google. Il faut arrêter de parler de cette taxe comme si elle réglait le problème. Elle fait l’inverse, car elle taxe les annonceurs français. Par définition, quand on parle d’évasion, il s’agit de boîtes qui ne sont pas présentes en France. Donc ça ne concerne pas eBay, Amazon, qui achète leur publicité depuis l’étranger. Les gens qui ont écrit ce truc là n’ont rien compris. eBay paie 5% de TVA au Luxembourg sur la publicité, moi 19,6%. Ils achèteront leur publicité au Luxembourg. C’est moi qui payerai. C’est la taxe des PME françaises.
Quelles sont les risques pour les entreprises du net en France ?
On accélère la délocalisation. J’ai vendu ma boite (Pierre Kosciusko-Morizet est toujours PDG de PriceMinister, dont le siège social est en France, ndlr). Mais mon actionnaire va me dire, pourquoi on resterait en France, à part le fait que la qualité de vie à Paris est agréable ?
Comprenez-vous la volonté des sénateurs de la majorité de lutter contre le creusement du déficit public ?
On dit que cette taxe rapportera 10 à 20 millions d’euros par an. Un ancien haut fonctionnaire m’a dit que ça n’a aucun sens. Rien qu’en récupérant la taxe, cela coutera 10 millions d’euros. Et comme quelques boites vont délocaliser, on crée plusieurs dizaines de millions d’euros d'évasion fiscale. Au final, on perd de l’argent et on augmente le déficit. On fait n’importe quoi. Je suis fier de payer mes impôts en France. J’aimerais pouvoir continuer. On est dans un monde globalisé. Mais les dirigeants politiques de nos assemblées n’ont pas l’air de le comprendre. Si on veut faire une taxe sur Internet, il faut que ce soit global. Je suis atterré qu’on continue à avoir ce genre de raisonnement. Rien que le fait d’annoncer cette taxe, je pense qu’il y a déjà des boîtes qui sont parties. Il n’y a pas de taxes sur la publicité pour la presse, alors pourquoi mettre une taxe sur le net ? Ce secteur crée des emplois, c’est incroyable. On est le seul pays au monde à faire ça.
Pensez-vous que les parlementaires connaissent mal l’économie numérique ?
On a des gens qui partent d’une bonne intention. Je pense qu’ils sont de bonne foi. Mais je constate qu’ils n’ont pas appelé une seule personne dans l’Internet, avant de faire cette taxe. On est avec des gens qui refusent le contact avec la réalité. Ils sont enfermés dans le Palais du Luxembourg. Ils ne veulent pas voir les entrepreneurs ou experts du secteur, soit disant pour se couper des lobby. Ils se coupent surtout d’Internet. Je pense qu’ils ont eu l’idée de la taxe entre la poire et le fromage. Ils disent que les multinationales ne paient pas d’impôts en France, alors on va les taxer. C’est bizarre. Ils ont oublié de réfléchir.
Allez-vous en parler avec Nathalie Kosciusko-Morizet, pour qu’elle évoque la question avec le premier ministre ?
Evidemment non. Je n’ai jamais parlé de business à ma sœur.
Allez-vous en parler avec Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances ?
Je l’ai appelé il y a deux ans. Il m’a tellement mal reçu au téléphone. Il y a plein de gens qui l’ont appelé, il n’a rappelé personne.

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