Taxe Tobin : «Personne n’est dupe», lance José Bové

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François Vignal
Le 09.01.2012 à 12:56
bové - AFP
© AFP

Nicolas Sarkozy entend instaurer la taxe Tobin rapidement et sans les Européens. Le Président doit s’entretenir sur le sujet avec Angela Merkel à Berlin ce lundi. « Je ne veux pas tomber dans le piège », affirme José Bové, porte-parole d’Eva Joly. Pour construire une « majorité large », il défend l’idée d’ouvrir « la porte » au Modem. « Le Modem n’est pas un parti indécent », affirme le député européen, « personne, seul, ne peut avoir une majorité dans ce pays ». Entretien.

Vous ironisez sur Twitter sur la volonté de l’exécutif d’instaurer la taxe Tobin : « Après 14 ans, #Sarko rejoint les altermondialistes ». Vous devriez vous réjouir…
Je pense que ça fait 5 ans que le président de la République a été élu et il faut qu’il attende la dernière ligne droite, à trois mois de l’élection, pour essayer de se donner l’image de celui qui veut régler la question des transactions financières. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus tôt et mis à l’agenda de manière plus forte ?

Ce qui est étonnant, c’est que le Parlement européen a adopté de manière très claire la nécessité de la mettre en place, repris par la Commission et les seuls qui n’ont pas fait le travail, c’est le Conseil (qui rassemble les chef d’Etat, ndrl). Et aujourd’hui il veut donner l’impression que la France seule va se lancer dans l’aventure. Ça ne me paraît pas très sérieux par rapport à ce qui a été dit.

Nicole Bricq, rapporteur générale PS de la commission des finances du Sénat, y voit un coup « tactique ». Nicolas Sarkozy peut-il ainsi  piéger la gauche?
Je crois qu’il ne piégera que ceux qui veulent bien se lasser piéger. Personne n’est dupe de cette démarche. Aujourd’hui, une fois de plus, c’est un effet de langage plutôt qu’une réalité politique. C’est comme chaque fois, l’annonce prend le pas sur l’action.

Les écologistes doivent-ils voter cette taxe sur les transactions financières que doit proposer le gouvernement ?
Moi, j’attends de voir si ça arrivera avant de pouvoir me prononcer sur le fond. On voit bien la tactique de Nicolas Sarkozy. On fait une annonce, on demande aux gens de se prononcer et c’est ça l’unique objet de sa campagne. Je ne veux pas tomber dans le piège de savoir ce qu’on fera le jour où ça viendra. Ce qui n’est pas du tout programmé. Je ne suis pas sûr qu’il ait envie d’aller jusqu’au bout.

Est-ce un problème d’instaurer cette taxe au seul niveau français ?
Le meilleur périmètre pour lancer cette initiative, c’est le niveau européen. C’est dans ce sens que le Parlement l’a voté et que Barroso l’a reprise. C’est dans ce cadre là que les choses doivent se mettre en place. Aujourd’hui l’initiative de Sarkozy est uniquement franco-française. Il veut donner l’impression d’être moteur au niveau européen alors que c’est un débat qui n’a pas avancé d’un millimètre au niveau du Conseil. On ne peut pas parler de taxe Tobin sans dire que le but de la taxe est de créer un budget propre au niveau de l’Europe. On parle de 50 milliards au niveau européen qui renforceraient le budget spécifique de l’Europe. Or aujourd’hui Nicolas Sarkozy n’en parle pas. On perd l’objet de la taxe Tobin : taxer les circuits financiers et donner à l’Europe les moyens d’une véritable politique nouvelle.

La campagne d’Eva Joly ne semble pas décoller. Le dernier sondage, celui de l’Ifop pour le JDD, l’a donne à 3% d’intentions de vote. Doit-elle changer quelque chose ?
Là on est dans une phase très centrée sur le président de la République, sur François Hollande et Le Pen. Et aujourd’hui tout se fait en dehors du débat de fond. Il y a un décalage entre les petites phrases et le débat de fond. Aujourd’hui, aucun des candidats nommé ne veut rentrer dans le débat d’idée. A ce moment là, on verra qu’elle est la cohérence des candidats et les propositions d’Eva Joly pourront être prises en compte.

Proposer un « désistement réciproque » à Hollande, Mélenchon mais aussi à Bayrou pour le candidat qui sera qualifié au second tour était-il une erreur ?
Ce n’est pas la première à avoir voir dit ça. On peut avoir un débat général sur la question européenne, car François Bayrou est européen. La proposition a été faite à Jean-Luc Mélenchon et François Hollande aussi. Eva Joly propose un débat global avec ceux qui pourraient construire une majorité large pour 2012.

Mais n’y avait-il pas un risque que la proposition soit mal perçue ?
Ça peut être mal perçu si on isole un des noms mais la proposition d’Eva Joly est un débat pour faire en sorte qu’avec le PS, le Front de gauche et le Modem il y ait un débat alternatif à celui de l’UMP.

Le Modem peut-il faire partie d’une nouvelle majorité ?
Le Modem n’est pas un parti indécent. En interne, ils ont aussi des gens de qualité. Personne, seul, ne peut avoir une majorité dans ce pays. Il est évident pour nous, comme nous le faisons au niveau européen, d’avoir une majorité qui porte une alternative. On ouvre la porte à ceux qui peuvent participer à cette alternative sur un sujet ou un autre. Ça ne veut pas dire qu’on est d’accord sur tout avec le PS ou le Modem. Mais on ne va pas mener une campagne en disant « nous sommes les meilleurs, nous sommes les seuls capables de mener l’alternative ». Ce n’est pas sérieux. L’important pour nous est de renforcer le poids des écologistes dans l’alternative.

 

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