Villepin se veut « l’alternative » à Sarkozy avec sa « République solidaire »

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François Vignal
Le 19.06.2010 à 18:44

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Dans un discours piochant largement dans la mystique gaulliste, Dominique de Villepin a lancé son nouveau parti, « République solidaire ». Très critique à l’égard de l’exécutif, il entend réconcilier les Français entre eux. Et affirme que « quelque chose se lève à nouveau en France ».

« République solidaire ». Un nouveau nom, pour un nouveau parti, celui de Dominique de Villepin. Devant au moins 3000 partisans, l’ancien premier ministre a lancé ce samedi 19 juin, au lendemain de l’anniversaire de l’appel du 18 juin du général de Gaulle, son « mouvement ». Dans un discours aux accents gaulliens, Dominique de Villepin s’est fait le défenseur de la République et de la grandeur du pays. « Quelque chose se lève à nouveau en France », a-t-il lancé.

Frankie goes to Hollywood et Black Eyed Peas...

Arrivé telle une star au milieu d’une foule dense rassemblée Halle Freyssinet (Paris, XIIIe) et entouré de nombreux journalistes, Dominique de Villepin a mis six minutes pour joindre l’estrade.

En fond sonore, « Relax », de Frankie goes to Hollywood. Un choix qui fait sourire sur Twitter, comme les Black Eyed Peas qui suivent. Quand Villepin arrive enfin à la tribune, le ton est donné : « Villepin président », vibre le public. L’intéressé : « Il y a  un an, nous étions une dizaine au fond d’une cave, il y a six mois,  nous étions mille à la Maison de l’Amérique latine et aujourd’hui nous sommes plusieurs milliers ».

« Un nouvel ancien régime »

Dès le début, Villepin fixe l’objectif, clair : « Nous pensons qu’une alternative est possible, qu’une autre voie est possible ». Faisant le  constat d’« une défaite du politique » et pointant « un nouvel ancien régime », Dominique de Villepin appelle à faire « le choix de la réconciliation ». Il défend « un mouvement indépendant », « au-dessus des partis », s’adressant à ceux de « droite, du centre, de gauche, les gaullistes, les libéraux, les socialistes, les communistes ». Un mouvement qui s’adresse aussi à « tout ceux qui se sentent orphelins de la République », « les fils et petit-fils d’immigrés », ceux qui ont voté aux « extrêmes » le 21 avril 2002 ou « non » lors du référendum sur l’Europe en 2005.

S’il rappelle qu’il est « issu de la majorité », il ne s’y « reconnaît » plus. Et précise « écarter toute rancune » à l’égard de Nicolas Sarkozy, sans le nommer une seule fois.

« J’ai besoin de vous ! »

Quand Villepin lance « J’ai besoin de vous ! », c’est presque en échos au « je vous ai compris » de de Gaulle. Dans ce discours empreint de références à la mystique gaulliste et à l’histoire de France, Dominique de Villepin cite aussi bien la Révolution de 1789, que celle de 1830, l’école gratuite en 1881 que l’affaire Dreyfus ou l’appel du général de Gaulle. « Reprenons le flambeau (…). Nous voulons vivre ensemble, rebâtir une nation, incarner une certaine idée de la France », tonne-t-il, appelant à renverser les « nouvelles bastilles ».

Dénonçant aussi bien « la course au profit », « les écarts de salaire qui se creusent » et « l’injustice morale », Dominique de Villepin se fait très critique à l’égard du gouvernement. Et tout y passe : déficit, retour dans l’Otan, « dérive sur l’identité nationale », « petit jeu tactique de l’ouverture », « fuite en avant sécuritaire », « gouvernement (qui) instrumentalise la peur de l’autre, de l’islam ». « Nous n’acceptons pas que le Karcher tienne lieu de politique ».

Suppression du bouclier fiscal, revenir sur les 35 heures

Pour l’heure, pas encore de programme, mais des propositions. Sur le plan institutionnel déjà. L’ex-premier ministre veut un Président au-dessus de la mêlée « qui assume son rôle de guide ». Et un « Sénat élu à la proportionnelle sur une base régionale ».

A l’heure de la crise, Villepin entend « assumer une rigueur juste et partagée », à base d’une « baisse ciblée des dépenses et d’une augmentation de la fiscalité ». « Les plus riches devront faire un effort particulier », avec la suppression du bouclier fiscal – pourtant initié sous son gouvernement – ou « une nouvelle tranche de l’impôt sur le revenu en contrepartie de la suppression de l’ISF ».

Retraite à la carte « par points »

Villepin propose de « revenir sur les 35 heures », d’alléger le coût du travail en transférant les charges sociales. Mesures souvent prônées à droite. Sur les retraites, s’il faut « aligner public et privé » par « équité », il faut plus de « justice » dans la réforme avec une « sollicitation réelle des hauts revenus ». Il propose une retraite « à la carte » « par points ». Enfin, quelque mots rapides sur l’écologie et « le changement de nos modes de vie ».

Pour le nouveau président de « République solidaire », « le rendez-vous de la présidentielle de 2007 a été une occasion perdue de dénouer le drame des divisions françaises ». Dominique de Villepin semble de plus en plus décidé à faire de 2012 son rendez-vous avec les Français. Un pari ambitieux.

 
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