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Collectivités : Lebreton dénonce le «discours extrêmement populiste» de Sarkozy
Nicolas Sarkozy a évoqué la modulation de la dotation de l’Etat aux collectivités en fonction de leurs efforts budgétaires. « Qu’il arrête de stigmatiser les collectivités » répond Claudy Lebreton, président PS de l'Assemblée des départements de France. « On est déjà dans un processus de rationalisation », souligne-t-il. « Nicolas Sarkozy doit être extrêmement rigoureux. Il devrait connaître un peu mieux ses dossiers », selon l’élu local. Il dénonce « un discours extrêmement populiste, voire démagogique » du chef de l’Etat. « Il y a des arrière-pensées ». Entretien.
Nicolas Sarkozy a évoqué la modulation de la dotation de l’Etat aux collectivités locales en fonction de leurs efforts budgétaires. Doivent-elles participer aussi à cet effort ?
C’est ce qu’elles font depuis de nombreuses années. Elles ont encore du grain à moudre. Mais j’ai observé un président de la République qui n’est pas très expérimenté en matière de collectivités territoriales, car la règle d’or s’applique pour nous. Je rappelle qu’on n’a pas le droit de financer un budget en déséquilibre. Sinon on va devant la chambre régionale des comptes. Quand on empreinte de l’argent, c’est pour financer un investissement. Mais je peux le comprendre de la part du chef de l’Etat, il n’a été que maire de Neuilly et président du conseil régional des Hauts-de-Seine, qui sont des collectivités particulières…
Nicolas Sarkozy souligne souvent que les collectivités ont créé des postes de fonctionnaire alors que l’Etat en a supprimé. Y a-t-il des ajustements possibles ?
Nicolas Sarkozy doit être extrêmement rigoureux. Il devrait connaître un peu mieux ses dossiers. Je rappelle que la loi de 2004 a transféré la compétence d’entretien des collèges et lycées aux départements et régions. Ça fait 75.000 fonctionnaires auxquels il faut ajouter 25.000 pour les services de l’équipement qui nous ont aussi été transférés. Or le chef de l’Etat dit que les collectivités ont augmenté leur personnel de 500.000 personnes, sans nouveau transfert de compétences. Alors que c’est faux, il y a bien eu transfert de compétences.
Aujourd’hui, vue la nouvelle donne financière dans laquelle se trouvent les collectivités depuis 2008, on n’est pas resté sans rien faire : on mutualise les moyens, on renforce la coopération. Là où deux fonctionnaires faisaient la même chose dans deux collectivités proches, mairie et communauté de commune par exemple, on a mutualisé, comme sur les parcs départementaux de l’équipement. On est déjà dans un processus de rationalisation. Les élus ont toujours eu le sens du pragmatisme, ils n’ont pas attendu que le gouvernement leur dise comment faire. Moi, dans mon département, l’Etat me doit 124 millions d’euros sur les allocations de scolarité. J’ai économisé, j’ai rationalisé. Je veux bien qu’il nous demande des efforts, mais il doit prendre en compte les efforts déjà faits. Que Nicolas Sarkozy arrête de stigmatiser les collectivités et leurs élus. Il faut un climat de confiance. Mais il ne lui reste pas beaucoup de temps pour le faire.
Selon le Président, l’Etat serait vertueux, les collectivités dépensières…
C’est l’inverse ! Les collectivités ont apporté la preuve de leur efficacité. C’est pour ça que j’approuve le discours de François Hollande. Il a compris qu’il faut approfondir la décentralisation pour lutter contre la crise. Les collectivités font mieux que l’Etat sur certains domaines. La sécurité, la police, c’est l’Etat. Mais il y a des doublons sur la jeunesse et les sports. Il y a les directions régionales des affaires culturelles. Les collectivités financent à 80 % ces deux secteurs : qu’on nous les donne.
Vous défendez un « pacte de confiance » entre Etat et collectivités. Inclut-il les questions budgétaires ?
Bien sûr, il s’appelle « pacte de confiance, territorial et fiscal ». J’étais prêt à négocier avec le gouvernement Fillon. Mais ça n’a pas été possible. Il faut respecter le vote des citoyens. On travaille ensemble. Mais là, il n’a de cesse de stigmatiser les collectivités territoriales. On est dans une approche extrêmement libérale.
Avez-vous les sentiments que Nicolas Sarkozy veut punir les collectivités, qui sont majoritairement de gauche ?
Bien sûr, il y a des arrière-pensées. Comme si les collectivités de gauche étaient extrêmement dépensières, irresponsables. Il oublie qu’il ne fait pas plaisir non plus à ses propres amis. Les uns et autres sont de bons gestionnaires. Cela procède d’un discours extrêmement populiste, voire démagogique. La démocratie, c’est quelque chose de fragile. On attend qu’il respecte les institutions de la République. Je demande un climat de confiance, de relations apaisées pour construire des politiques publiques ensemble qui répondent aux attentes de nos concitoyens.




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