Conseil européen : « C’est au moment du déjeuner que les choses ont basculé»

+A -A
Laurent Berbon
Le 17.09.2010 à 19:40

Si Nicolas Sarkozy a bien tenté de minimiser les tensions entre Paris et Bruxelles sur la question des Roms, la tension était pourtant palpable jeudi lors de la conférence de presse du Chef de l’Etat. Témoignage du journaliste François Beaudonnet, correspondant à Bruxelles pour France 2.

Pouvez-vous nous décrire un peu l’ambiance dans les couloirs du Conseil européen ce jeudi à Bruxelles ?
Le matin, nous pensions que l’heure serait à l’apaisement. Lors de la photo de famille, José Manuel Barroso avait posé aux côtés de Nicolas Sarkozy. C’est au moment du déjeuner que les choses ont basculé. Nous avons eu des échos, notamment de diplomates faisant état d’une vive altercation avec Mr.Barroso. Le Premier ministre bulgare avait aussi donné une conférence de presse à l’occasion de laquelle il avait parlé d’un « scandale » qui avait eu lieu lors du déjeuner entre le président de la Commission européenne et Nicolas Sarkozy.

Puis a eu lieu la conférence de presse. Le chef de l’Etat est arrivé relativement tendu, mais ni plus ni moins que d’habitude. Il a exposé très brièvement les deux ou trois points discutés au sommet européen. Est venue la séance des questions. La première portait sur cet échange très violent lors du déjeuner. Nicolas Sarkozy a fait une longue réponse, à mon avis pas entièrement satisfaisante et qui ne répondait pas à la question.

C’est à ce moment là que vous avez demandé au chef de l’Etat de confirmer cette altercation. Nicolas Sarkozy a alors déclaré que vous deviez «  être relativement nouveau dans le journalisme, pour ne pas avoir de souvenirs d'oppositions entre la Commission et l'État français qui a fait l'actualité de la vie politique européenne depuis ces quarante dernières années »…
A mon avis, il regarde le 20h de France 2 ou des personnes sont chargées de lui rapporter ce qui se dit. Or, la veille au soir j’avais fait un papier dans lequel je terminais en disant que tous les connaisseurs de la vie européenne considéraient que c’était la crise la plus grave de ces quarante dernières années. Nicolas Sarkozy a cité le chiffre quarante. Je ne crois pas que ce soit un hasard.

Comment avez-vous pris cette remarque ?
Ça ne me pose pas de soucis. C’est la façon de fonctionner du président de la République. On n’est pas surpris, mais on ne doit pas avoir peur de poser des questions de crainte d’avoir des réflexions. Le milieu des journalistes européens est un milieu de spécialistes. On a la chance de côtoyer souvent les responsables français ici à Bruxelles dans des conditions plus favorables qu’à Paris.

Le chef de l’Etat a longuement insisté sur le soutien que lui ont témoigné tous les dirigeants européens face aux propos de la commissaire européenne Viviane Reding. Etait-ce vraiment le cas ?
J’ai le sentiment que sur la question des Roms la plupart des dirigeants européens s’en moquent. Ce qui est vrai, c’est que dans la majorité ils ont été choqués par la teneur des propos de Viviane Reding et ils ont dans le même temps rappelé que la Commission européenne était dans son rôle. Après, le soutien s’arrête là. Ils ont un peu joué les arbitres distants.

Il y a quelques années, Nicolas Sarkozy était le chouchou des médias. Ses rapports avec la presse ont-ils changé depuis ?
J’avais noté à l’époque un excès dans les deux sens. Nicolas Sarkozy est quelqu’un qui a un intérêt particulier pour les médias.  Et c’est toujours intéressant pour les médias d’avoir quelqu’un qui s’exprime clairement. Les journalistes ont fait preuve d’une empathie avec lui jusqu’au moment où les sondages ont tourné. Un sondage a dit que le chef de l’Etat était passé sous la barre des 50%. A partir de là, les commentaires ont été plus négatifs. Les deux attitudes sont excessives. Descendre en flèche celui qu’on a encensé c’est trop excessif.

 

Réagir

A la une

Le gouvernement Ayrault : 34 membres, parité respectée

Fin de l’attente. Le secrétaire général de l’Elysée a annoncé la longue liste du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Il compte 34 membres, dont 17 femmes.

Aubry n'est pas au gouvernement

Martine Aubry n'entrera pas au gouvernement de Jean-Marc Ayrault, selon le site Internet du Monde. Le quotidien du soir écrit que sa présence « n'aurait pas de sens » à partir du moment où elle n'est pas à Matignon.