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Grève : «La mobilisation dépasse les retraites»
La pression monte. Au lendemain d’une journée de mobilisation, la détermination ne faiblit pas. Une nouvelle manifestation était organisée mercredi midi devant le Sénat. Reportage.
Déterminés à ne pas faiblir, plusieurs centaines de personnes étaient réunies mercredi midi à quelques pas du Sénat contre la réforme des retraites. Au lendemain d’une sixième journée de mobilisation, marquée dans plusieurs villes par des débordements, beaucoup souhaitent aujourd’hui que le gouvernement plie sous la pression populaire. « Cette mobilisation déstabilise le gouvernement », annonce rapidement au micro une sénatrice qui a quitté l’hémicycle pour venir s’exprimer au nom du groupe communiste et du Parti de Gauche. Sous les applaudissements de la foule, elle poursuit : « On est venus vous apporter notre soutien. Nous ne lâcherons rien de notre côté », renchérit-elle.
Spectre du CPE
Alors que le Sénat devrait voter en fin de semaine le projet de loi, la question de la suite du mouvement est à l’esprit de chacun. Pour Azwaw Djebara, l’un des vice-présidents de l’UNEF : « Il faut continuer la mobilisation. Nous appelons tous les jeunes à amplifier la contestation mais de manière pacifique ». S’il pense que le texte sera effectivement voté au Sénat cette semaine, l’étudiant en master d’histoire souhaiterait que « l’issue soit la même que celle du CPE », c’est-à-dire que la loi ne rentre finalement pas en application. « Notre ennemi a des failles », rajoute celui qui pense « que ce n’est pas comme cela que l’on gouverne ».
Un dénouement auquel aspire également Annie David. La sénatrice communiste de l’Isère se veut optimiste : « Tant que la loi n’a pas été promulguée, on peut revenir dessus ». L’élue, qui confesse être fatiguée car elle était « encore dans l’hémicycle à quatre heures du matin », appelle à un renforcement de la mobilisation. Et se déclare prête à une « bataille législative », citant la possibilité d’une Commission Mixte Paritaire. Et puis, « si la gauche revient au pouvoir en 2012, elle reviendra sur cette mesure » affirme-t-elle.
A quelques mètres de là, un grand barbu d’une cinquantaine d’années arbore au cou un panneau rouge. C’est un inspecteur du travail. Avec sa collègue, il explique être « en grève reconductible depuis huit jours ». Lui aussi affiche son optimisme : « 80% des gens demandent la renégociation du texte ».
« Ca dépasse le problème des retraites »
Pour beaucoup, la mobilisation dans la rue ne porte pas seulement sur les retraites. Tracy, en terminale au lycée Rabelais, tient avec son amie Maria un drapeau français. On peut y lire: « Tous ensemble pour un avenir meilleur ». La lycéenne n’a pas apprécié qu’on dise des jeunes qu’ils sont manipulés : « Nous sommes dans une république, dans une démocratie. On a tous le droit à la parole » clame-t-elle. Pour elle, la contestation est aussi un rejet de la politique générale du Président Sarkozy « qui fait des choses mais n’écoute pas la rue ».
L’ambiance de la manifestation évolue rapidement. D’abord animée par des jeunes, des syndicalistes plus âgés et plus radicaux leur emboîtent le pas. Les jeunes « disparaissent » progressivement pour rejoindre une Assemblée Générale. Des fumigènes sont jetés au sol, les cris sont plus forts et déterminés, chauffés par un syndicaliste de SUD, debout sur sa camionnette. Les banderoles « en grève » se multiplient : Bibliothèque de la Sorbonne, Collègue Robert Doisneau, musée du Louvre, Ministère du Travail…
Alors qu’une première manifestation avait lieu vendredi au même endroit, la foule est plus importante cette fois-ci, tout comme le nombre de journalistes, notamment étrangers. Parmi les manifestants, l’un aborde fièrement un bonnet phrygien, l’autre un béret de Che Guevara. Les chants eux, ne changent pas : « Sarko, si tu savais, ta réforme, où on s’la met » ou encore « Allez hop, Sarko, ta réforme, elle va sauter »…
Danielle, une retraitée septuagénaire observe la manifestation du coin de la rue. D’un conflit contre le projet de loi, la mobilisation se généralise, selon-elle, pour devenir un rejet « du Sarkozysme ». Elle affirme que « ça dépasse désormais le problème des retraites », avant d’ajouter : « Il y a un ras-le-bol, un malaise profond de la société ». A ses côtés, son ami Sabrino acquiesce. Il rajoute : « Les gouvernants ont perdu leur crédibilité ». La septuagénaire conclut, « C’est quoi cet avenir que l’on propose ?».




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