A Nice : Nicolas Sarkozy toujours favori chez les plus de 65 ans.

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Pierre BONTE-JOSEPH
Le 15.02.2012 à 19:09
A Nice : Nicolas Sarkozy toujours favori chez les plus de 65 ans.
Au club des joyeux retraités niçois on accueille même les bas revenus.
© pierre bonte-joseph
Suite de notre tour de France, avec les plus 65 ans à Nice. Entre recherche de bien-être, lien social, et inquiétude sur l'avenir, rencontre avec les retraités niçois.

Pas compliqué de croiser les plus de 65 ans à Nice. Il suffit, au choix, de traîner sur la promenade des Anglais, ou d’aller dans l’une des 250 associations ouvertes aux aînés. Le rendez-vous est pris dans l’une des plus anciennes et des plus vénérables associations de la ville.

 

VIEUX ET EN FORME !
Depuis la rue, on entend des rires. Des éclats de voix qui rompent le silence paisible de ce quartier huppé de la préfecture des Alpes-Maritimes. A l’intérieur, les bras levés, cinq dames partent chacune à tour de rôle dans de bruyants éclats de rire. “Ici, on laisse ses problèmes au vestiaire” commente Marinette. Toutes les semaines, ces retraités s‘obligent à rire : “c’est bon pour le moral, et puis chez moi, je suis seule, j’ai pas beaucoup d’occasions” lâche Gaby. Dans la belle villa perchée prêtée par la ville  les quelque 400 adhérents viennent avant tout chercher du lien social, pour rompre l’isolement : “il y a beaucoup de dames seules, venues avec leur mari sur la Côte d’Azur passer leur retraite, qui se retrouvent isolées au moment du décès du conjoint” reconnaît Jean Desbrosses, trésorier de l’association.


Du lien social et du bien-être. Dans son grand pull gris qui lui arrive presque aux genoux , Suzy, ancienne professeur de sport, prépare le repas diététique qu’elle va servir aux dix dames inscrites à son programme : “Je ne mets presque pas d’huile (...) plus le temps passe, plus nous devons faire attention”... autour de la table, chaque assiette posée est saluée par un grand “aaah !”...  Ici on ne parle pas politique, c’est interdit par le règlement intérieur...mais chassez-la, et elle revient au galop. Toutes les dames sont inquiètes : pour les nouvelles générations, de la crise, de leur santé, des faits divers lus dans le journal. Entre deux gorgées de boisson à base de thé vert, ces grands-mères se racontent : “ma fille est bardée de diplômes, et elle ne trouve rien... nous sommes obligés de l’aider financièrement”. Une autre : “nous avons une part de responsabilité dans l’état dans lequel on laisse notre société”. Inquiets mais privilégiés :  “On ne se prive de rien” détaille Marie-Aline avant de préciser qu’elle a échappé au pire : “Moi j’ai pris ma retraite il y a un an, je suis passée avant la réforme, mais je ne sais pas comment feront les autres, le niveau des pensions baisse d’année en année”.

 

DES REVENUS EN BAISSE
La crainte, quand on interroge les personnes âgées, n’est jamais loin. Pauline est plus vieille, voilà 14 ans qu’elle est à la retraite. Un quotidien rythmé par ses cours de danse, et les travaux de sa cuisine. Mais elle aussi est pleine d’inquiétude. A mots couverts, elle raconte sa peur de voir son quartier “racheté par des algériens (...) ce n’est plus le même endroit. Quand j’ai commencé à habiter ici c’était un village, la campagne”. Aujourd’hui celle qui avait voté Nicolas Sarkozy regrette pèle-mêle “les dégradations, la hausse des prix, la crise, l’euro, et l’inaction des pouvoirs publics (...) Une baguette de pain qui vaut 1 euro ça fait 7 francs... comment font les gens ?” La faute à l’euro ?  “On aide les pays pauvres, mais maintenant c’est nous qui...” soupire-t-elle.

 

NICOLAS SARKOZY TOUJOURS FAVORI
D’un bond, elle se lève pour aller nourrir son chat. Pauline n’a pas encore fait son choix pour 2012. En 2007 les vieux avaient fait l’élection : ils votent plus que d'autres, et sont près de 12 millions. La catégorie reine. Pour un candidat, un point gagné chez ces électeurs, c’est assurément plusieurs points accrochés à leur score final. A nouveau assise, elle enchaîne : “Pour l’instant je touche du bois, je ne suis pas malade, mais je suis obligée de payer 1400 euros de mutuelle, plus ma dépendance, parce que je n’ai pas d’enfants... vous vous rendez compte ? J’ai une bonne retraite mais je fais attention, je calcule mes repas...” En 5 ans, si le président a bien tenu sa promesse de hausse du minimum vieillesse de 25 %, il a déçu son électorat en augmentant le coût des soins, et en abandonnant la réforme de la dépendance pourtant promise.


En 2012, pas sûr que le candidat de la droite fasse un aussi bon score qu’en 2007. A la précédente élection il avait fait 45 % des voix au premier tour chez les plus de 65 ans, cette fois-ci il se situe plutôt autour des 34 %* . Jean Daniel Lévy de l’institut Harris Interactive date le divorce de 2008 et de la période “bling-bling” du président : celle des propos outranciers, et de l’affichage de sa vie publique. “Aujourd’hui ils reviennent vers lui, ils attendent du président une fonction traditionnelle qu’il n’avait pas”.
18H00 Pauline arrête la discussion... sur son écran de télé, son émission préférée démarre, la politique attendra bien une demie-heure.


* SONDAGE IFOP pour Public Sénat. Echantillon de 1387 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1655 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé(e)) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Mode de recueil : Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI - Computer Assisted Web Interviewing) et par téléphone. Dates de terrain : Du 29 janvier à partir de 21h30 au 30 janvier 2012

A voir sur le site les vidéos des émissions :

http://www.publicsenat.fr/emissions/d%27une_campagne_a_l%27autre/