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Un budget de « transition » pour le ministère des armées

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Zied Ounissi
Le 16.10.2012 à 19:39
Un budget de « transition » pour le ministère des armées
© AFP
Auditionné mardi par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, Jean-Yves Le Drian a fait le point sur le budget alloué au ministère de la défense dans le cadre du projet de loi de finance 2013.

« Budget de transition dans l'attente de la future loi de programmation militaire (LPM)», c’est la formule consacrée à propos des conséquences de la loi de finance 2013 sur le budget du ministère des armées. Le ministère de la défense attend en effet les conclusions du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui devraient être délivrées début 2013, avant de déployer les objectifs de la nouvelle loi de programmation militaire.

« Le budget du ministère de la défense [prévu par le projet de loi de finance 2013] est au même niveau que celui de 2012, c’est une nouvelle rassurante » indique Daniel Reiner, sénateur socialiste de Meurthe-et-Moselle, membre de Membre de la Commission chargée de l'élaboration du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Fixé à 31,4 milliards d'euros, dont 1,2 milliard de recettes exceptionnelles, le budget des armées est, en effet, hors pensions, équivalent à celui de 2012.

« Un effort sensible a été fait sur la recherche et développement et sur l’entretien du matériel militaire, [sur les 186 milliards d’euros prévus par l’actuelle loi de programmation militaire - elle couvre la période 2009-2014] près de 5,5 milliards d'euros de commandes prévues en 2012 et 2013 ont été repoussés (…) [par rapport aux objectifs fixés par cette loi de programmation militaire) nous aurons un retard de 3 milliards d’euros fin 2012 et de 7 milliards d’euros fin 2014 (…) compte tenu des contraintes budgétaires que nous avons anticipées, c’est convenable » ajoute le sénateur.

Les prochains budgets risquent d’être plus « saignants »

Pour Christian Cambon, sénateur UMP du Val-de-Marne, Vice-Président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, le budget alloué à l'Hôtel de Brienne, correspond aux « souhaits de la commission, dans l’attente du livre blanc que nous remettrons au Président de la république et qui tranchera les grandes orientations structurelles de la future loi de programmation militaire ».

Son collègue sur les bancs du Sénat, M. Jacques Gauthier, sénateur UMP des Hauts-de-Seine, lui aussi Vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, craint toutefois que les prochains budgets soient « plus difficiles », voire « plus saignants » : « aura-t-on toujours dans les prochaines années une armée digne d’une grande puissance, membre du Conseil de sécurité ? (…) Il ne faudra surtout pas qu’on se retrouve dans la situation des années Jospin où on avait des hélicoptères cloués au sol, ce serait dramatique pour notre armée »  

Depuis l’élection de François Hollande à la tête des armées, la grande muette, a déjà dû faire face au retrait annoncé des troupes d’Afghanistan et au risque de « betteravisation »  – c’est-à-dire au retour à la monotonie des casernes et des camps d’entrainement hexagonaux. Elle craint désormais de devenir, tout à la fois, le parent pauvre et la « variable d’ajustement » budgétaire du gouvernement socialiste. En l’occurrence, elle ne ferait pas figure d’exception, les dépenses de défense ayant baissé dans presque tous les pays européens.

Avec la suppression de 7234 postes, une diminution des dépenses de fonctionnement de 7%, entre 2012 et 2013, et une baisse des dépenses d’équipement, comprenant un décalage de commandes initialement, prévues en 2012 et 2013, à hauteur de 5,5 Md€, le ministère de la défense n’échappe pas à la rigueur budgétaire. Dans le cadre du projet de loi finance 2013 c’est l'armée de terre qui fait figure de sacrifiée avec le report du programme de modernisation Scorpion.

En juillet dernier, lors de la présentation de son « Bilan à la mi-parcours de la loi de programmation militaire (LPM) », le premier Président de la Cour des comptes, Didier Migaud avait proposé des économies de l’ordre d’un milliard d’euros  qui « devraient être mises en œuvre sans attendre». Des économies, entres autres, sur la masse salariale, les rythmes de mutation, les dépenses immobilières et les « états-majors de soutien de la défense », qu’il propose de supprimer.

Garder un système cohérent

Dans un rapport sénatorial, sur les enjeux du futur livre blanc (intitulé « les capacité industrielles critiques », présenté en juillet dernier), coprésidé par les sénateur Daniel Reiner et Yves Pozzo di Borgio, les sénateurs pointaient le fait que « tout ajustement budgétaire, à la hausse comme à la baisse, ne [devait] intervenir qu’après une révision de l’analyse stratégique et non pas avant » et que « toute diminution de dépenses de défense [ne devait pas nécessairement] se traduire par une réduction du format des armées »

Henri Pinard-Legry, président de l’Association de soutien à l’armée française (ASAF), se dit quant à lui « pessimiste » et « catastrophé » : « la suppression de 54.000 postes [prévue par la loi de programmation militaire] devait permettre la modernisation des équipements  (…) le gel des 5 milliards d’euros va retarder le renouvellement des équipements et va poser des problèmes pour l’entrainement de nos armées (…) la paix est entre deux périodes de guerre et la guerre entre deux périodes de paix, ce n’est pas un période définitive (…) il nous faut garder un système cohérent (…) ce n’est pas l’Europe qui va nous l’apporter, en continuant comme ça on risque de se retrouver à la remorque des Etats-Unis, c’est assez pernicieux »