Réunion publique très réussie a joué les tours ce soir avec Mehaignerie.Qui a parlé de "vague rose"?
Vu de l'intérieur : les voeux de Sarkozy à la presse
Evidemment le stratagème était astucieux pour captiver l’attention du public.
Imaginez votre hôte se demander s'il a bien fait de vous inviter alors que vous venez à peine de pénétrer dans son appartement. Nicolas Sarkozy l'a fait.
« Je dois dire que j'ai hésité... », c'est par ces mots que le Président de la République a donc accueilli les journalistes dans les salons de l'Elysée pour la cérémonie des voeux.
Silence médusé dans l'assistance. L'aréopage présent, composé de patrons de presse, d'éditorialistes, de chroniqueurs, de tous les journalistes et reporters des chaines de télévision et des principaux titres de nos quotidiens ont immédiatement senti que pour les derniers voeux de son quinquennat, le chef de l'Etat allait à n'en pas douter se livrer à un exercice de style bien différent des années précédentes. Ils n'ont pas été déçus.
Avec la lecture un tantinet théâtrale d'un discours faisant mine de tisser des liens étroits avec son auditoire, puis d'en dénoncer le comportement « moutonnier » tout en flattant son dévouement dans ses missions pour mieux le mettre en garde sur la fragilité de sa place dans un univers de concurrence où chaque individu peut s'adresser à tous, le chef de l'Etat s'est finalement rassuré « en imaginant l'ennui dans un monde ou la presse ne se tromperait pas ».
C'était prévisible, une telle prestation a rapidement déclenché du coté de quelques invités une salve de tweets que les plus anciens observaient comme une indélicatesse voire une incongruité dans les salons cramoisis de la Présidence de la République. Et l'arrivée inopinée d'un Serge Dassault euphorique mais visiblement surpris par la présence d'une telle foule ne pouvait qu'attiser la tendance. L'avionneur quasiment en lévitation après avoir décroché pour son Rafale un marché que l’on croyait improbable, a sans doute cru un moment que la presse n’était là que pour lui. On ne le saura jamais. En revanche dès que le Chef de l'Etat déjà en immersion dans le public a aperçu l'industriel il a aussitôt refait surface à la tribune pour confirmer l'importance de ce marché qui en annonce d'autres aussi importants.
Les serveurs, ébahis par une telle agitation, leur plateau à la main, pouvaient alors se répandre dans une envolée harmonieuse à travers la foule alors que de son coté le chef de l'état replongeait dans la meute des journalistes qui lui empêchait d'ailleurs toute possibilité d'échappatoire.
Deux ministres, les seuls présents, Valérie Pécresse et Frédéric Mitterrand, observaient la scène d'un œil à la fois désabusé et admiratif. La presse les boudait pour ne s’intéresser qu’à leur mentor. Et ce dernier incontestablement en grande forme pouvait alors se livrer avec délice à un bain de foule au milieu de ceux qu’il avait insidieusement raillés quelques minutes auparavant.
Pour un journaliste, savoir à cette occasion se placer devant le chef de l’Etat, devancer ses confrères, recueillir ses paroles inédites, s’imposer comme un interlocuteur exclusif, se révèle être un art dont seuls quelques uns en maitrise toutes les ficelles. Certains parviennent finalement à s’extraire de cette mêlée en possession de quelques confidences qu’ils préservent jalousement pour leur rédaction respective quand d’autres plus diserts n’hésitent pas à raconter que le Président de la République leur a révélé sa certitude que sa prestation de dimanche soir se fera rapidement ressentir dans les sondages, que déjà « la veille à Bruxelles il en avait reçu des louanges », que le Rafale sera « fabriqué en petite quantité en France » mais qu’il croit que « le Brésil l’adoptera ». Finalement tout le monde se sépare sans trop savoir si le président, pas encore candidat, croit encore en ses chances. Or c’était bien là l’essentiel.

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