Paris: Questions au gouvernement Senat
Credit : ISA HARSIN

Arrivée historique d’un groupe RN, majorité sénatoriale stable, gauche qui limite la casse et premiers sénateurs LFI : les principaux enseignements des sénatoriales

Malgré quelques surprises, le renouvellement de la moitié des sièges de la Haute assemblée est marqué par une relative stabilité. Gérard Larcher restera à la tête du Sénat. Mais le scrutin voit surtout l’arrivée du premier groupe RN au Palais du Luxembourg. Une petite révolution.
François Vignal

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Au Sénat, les choses bougent habituellement en douceur. Mais avec l’arrivée du premier groupe RN de son histoire, c’est une petite révolution que vit la Haute assemblée. Globalement, les grands équilibres sont cependant marqués par une forme de stabilité, avec une majorité sénatoriale qui va rester inchangée (voir tous les résultats avec notre carte interactive). On fait le point sur les principaux enseignements du scrutin.

  • L’arrivée historique d’un groupe RN au Sénat renforce la dynamique pour Marine Le Pen

C’est l’information principale de la soirée de dimanche : l’arrivée du premier groupe RN de l’histoire du Sénat. Avec 11 nouveaux sénateurs élus, en comptant l’allié de l’UDR d’Eric Ciotti, le RN va réussir à constituer un groupe de 14 sénateurs, en comptant ses 3 sénateurs déjà élus. Il ne pouvait pas rêver mieux. C’est la fourchette haute des pronostics. « C’est une victoire historique », a salué Marine Le Pen. « Ravi » de l’arrivée d’un groupe RN au Sénat, Jordan Bardella « tend la main aux patriotes sincères des LR ». « Il n’y a plus de plafond de verre », se félicite le vice-président du RN, Sébastien Chenu, qui y voit « un coup d’accélérateur pour la présidentielle ».

Dans le détail, le parti d’extrême droite remporte 2 sièges dans les Bouches-du-Rhône (mais l’ex-RN Stéphane Ravier n’est pas réélu), 2 dans les Alpes-Maritimes, avec l’allié UDR, qui loupe le troisième siège de peu, 2 dans le Var, ce qui constitue un très bon résultat, 1 dans le Vaucluse, 1 dans l’Hérault, 1 dans le Gard, 1 en Gironde, avec la députée Edwige Diaz qui pourrait présider le groupe, et 1 en Seine-Maritime, une surprise. Mais en fin de soirée, Eric Ciotti a annoncé que Sylvie Goy Chavent, membre du groupe LR et réélu dans l’Ain, rejoignait le groupe, portant ainsi à 15 le nombre de sénateurs RN-UDR.

L’arrivée symbolique du groupe RN va renforcer la dynamique en faveur de Marine Le Pen pour la présidentielle. Dimanche soir, dans la salle des conférences, au Sénat, certains se projetaient déjà dans ce que serait le rôle de la Haute assemblée, en cas de victoire de l’extrême droite. « Le Sénat, c’est un pôle de stabilité, dans une période mouvementée, quoi qu’il arrive », avance Hervé Marseille, président du groupe Union centriste. Et si besoin, « le Sénat est un rempart. Il a déjà démontré qu’il était capable de tenir tête à l’exécutif », rappelle le sénateur UDI des Hauts-de-Seine, qui pense à une éventuelle réforme de la Constitution. Même discours du président Horizons du groupe Les Indépendants, réélu dans l’Allier, Claude Malhuret : en cas de victoire du RN en 2017, « le Sénat deviendra non seulement un pôle de stabilité, mais aussi un contre-pouvoir. Et je compte bien être dans les premiers rangs de ceux qui exerceront ce contre-pouvoir ».

  • Une majorité sénatoriale renforcée… et élargie à Horizons ?

Si le RN gagne du terrain, la majorité sénatoriale ne change pas. Elle « demeure largement la première force politique du Sénat », s’est félicité Gérard Larcher, qui va être réélu à la tête de l’institution. Le groupe LR perdrait 6 sièges, passant de 131 à 125 sièges, limitant la casse quand certains lui prédisaient une perte de 10 sièges.

Mais le groupe LR n’a pas de majorité à lui seul. Il a besoin de l’apport du groupe Union centriste. Le groupe UC pourrait perdre 2 sièges, passant de 59 à 57 sénateurs, selon notre projection. Ce qui lui permettrait de voir son poids proportionnellement renforcé, par rapport aux LR, qui perdent davantage de sièges. En revanche, il ne devient pas le deuxième groupe du Sénat, en passant devant le groupe PS, comme espéré.

Du côté du groupe d’Hervé Marseille, on évoque une fourchette de 58/60 sénateurs, comptant sur un « mercato à venir »… Ça va être tout l’enjeu de la semaine. Car les sénateurs ont jusqu’au lundi 5 septembre, 16 heures, pour décider de leur groupe. Il faudra voir par exemple où siégera le Renaissance, ex-LR, Renaud Muselier, élu dans les Bouches-du-Rhône. « On s’inscrit dans la majorité sénatoriale, on veut un président fort, dans un Sénat fort », affirmait le président de la région PACA la semaine dernière à publicsenat.fr.

La place des Indépendants, à majorité Horizons, sera aussi un enjeu des jours à venir. Ils pourraient passer de 20 à 21 sénateurs. Or comme nous l’expliquions avant le scrutin, plusieurs sénateurs Horizons poussent pour être pleinement membre de la majorité sénatoriale. Si Les Indépendants votent Larcher pour le Plateau, ils ne font pas partie de l’accord qui permet aux LR et à l’UC de se répartir les postes à responsabilité du Sénat.

« On peut être sûrement plus considéré. Et jusqu’à présent, on ne l’a pas été forcément » a pointé sur le plateau de Public Sénat la sénatrice Horizons, Laure Darcos. Ce qui a fait tiquer le sénateur LR Max Brisson, proche de Bruno Retailleau, assis à ses côtés : « Les subtilités du bloc central me sont étrangères… »

  • Le PS qui limite la casse, Les Ecologistes en recul et les communistes stables

Le groupe PS sort de ces sénatoriales en arrivant à limiter la casse. C’était son objectif. « On va perdre sans doute 3-4 sièges », a affirmé sur notre plateau Patrick Kanner, président du groupe PS. Mais selon nos calculs, le groupe socialiste, qui compte actuellement 64 sénateurs, serait stable, avec un effectif entre 63 et 65 sénateurs.

Comme attendu, le groupe écologiste perd quelques plumes dans ce scrutin. Il pourrait passer de 16 à 13 membres. Mais un sérieux débat s’annonce. Car l’arrivée surprise de 2 sénateurs LFI complique la donne. Ils pourraient être susceptibles de les rejoindre, du moins plus facilement pour Marc Péré, élu en Haute-Garonne sur une liste LFI/EELV/Générations. Mais le sénateur Yannick Jadot, qui soutient Raphaël Glucksmann, a déjà prévenu : pour lui, les deux sénateurs estampillés LFI « n’ont pas leur place au groupe écologiste »… L’enjeu n’est pas mince. Car sans les 2 sénateurs LFI, les écolos se retrouveront derrière le groupe RN-UDR, et peut-être dernier groupe. Le groupe communiste (CRCE-K) devrait quant à lui rester stable, avec 18 sénateurs. Il a réussi à faire réélire ses 4 sénateurs qui étaient renouvelables.

  • Deux sénateurs LFI élus, la surprise des sénatoriales

Personne ne les a vus venir, même pas LFI. Car sur le papier, la formation de Jean-Luc Mélenchon ne comptait pas sur ce scrutin pour faire élire son premier sénateur, à la différence des sénatoriales 2029, où les chances sont beaucoup plus fortes. Le principal espoir, dans le Rhône, avait été douché après la présence de deux listes écolos.

Au final, LFI arrive pourtant à faire élire Gabriel Amard dans ce département. « Ce soir, la France insoumise rentre au Sénat ! », s’est aussitôt félicité le coordinateur du mouvement Manuel Bompard sur X. Et deuxième surprise : en Haute-Garonne, Marc Péré, maire de L’Union, est élu sénateur à la tête d’une liste LFI-EELV-Génération.s.

Partager cet article

Dans la même thématique