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Affaire Bettencourt : l’ex-infirmière nie avoir parlé de Sarkozy

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Le 01.09.2011 à 10:37

La magistrate Isabelle Prévost-Desprez a mis en cause Nicolas Sarkozy en rapportant que des témoins avaient dit l'avoir vu recevoir de l'argent liquide chez les Bettencourt avant son élection en 2007, une accusation démentie par l'Elysée et niée par l'un de ces témoins.

Dans "Sarko m'a tuer" (Stock), un ouvrage de deux journalistes du Monde, Isabelle Prévost-Desprez affirme que l'un des témoins, dans l'entourage de Liliane Bettencourt, "(lui) a dit qu'il avait vu des remises d'espèces à Sarko", tout en demandant que ces propos ne figurent pas sur le procès-verbal.

Pour appuyer ses accusations, elle précise qu'un autre témoin, l'ancienne infirmière de Liliane Bettencourt, avait "confié à (sa) greffière, après son audition par (elle): « J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy mais je ne pouvais le dire sur procès-verbal »".

Mais dans une interview à l'hebdomadaire Marianne, l'ex-infirmière a affirmé mercredi qu'elle n'avait "pas parlé de remise d’enveloppes à Nicolas Sarkozy, ni à personne dautre", à la juge ou à sa greffière.

L'Elysée a répliqué que les accusations de la juge étaient "infondées, mensongères et scandaleuses", tandis que François Fillon les a qualifiées d'"allégations" dénuées de "tout fondement", souhaitant que les procédures en cours "viennent rapidement" mettre un terme à ces "manipulations".

Le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé a relevé qu'"à quelques mois de l'élection présidentielle (...) il ne faut être dupe de rien".

A gauche, Martine Aubry a appelé à l'ouverture d'une enquête, ses concurrents à la primaire socialiste, François Hollande, et Ségolène Royal ont respectivement dénoncé "trop de pression" de l'Elysée sur la justice et l'absence d'"enquête indépendante" dans cette affaire.

Ce n'est pas la première fois que des soupçons de financement illicite de parti politique planent sur l'UMP pour la campagne présidentielle de 2007.

L'ex-comptable des Bettencourt, Claire Thibout, avait déclaré avoir eu connaissance d'une remise de fonds via l'ancien ministre Eric Woerth et évoqué des remises d'espèces au profit de personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy, sans en avoir été directement témoin.

Dans "Sarko m'a tuer", Claire Thibout dit aussi avoir eu l'impression d'être poussée à changer de version par les policiers et d'être victime d'un "acharnement".

Dans Marianne, l'ex-infirmière raconte avoir "reçu des menaces de mort". "On ma fait savoir quà cause de mon témoignage dans laffaire Banier-Bettencourt (le 24 janvier 2008, ndlr), on allait retrouver mon corps dans la Seine", explique-t-elle dans Marianne.

Tout en se disant "frappée" par "la peur des témoins", effrayés "de parler sur PV (procès-verbal, ndlr) à propos de Nicolas Sarkozy", Isabelle Prévost-Desprez sort de son devoir de réserve. Elle risque des sanctions disciplinaires.

La présidente de la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre dirigeait, lors de ces auditions, un supplément d'information après une plainte de Françoise Bettencourt-Meyers, qui accusait depuis 2007 l'artiste François-Marie Banier d'abus de faiblesse à l'encontre de sa mère.

L'affaire Bettencourt a ensuite explosé avec la révélation en juin 2010 d'enregistrements clandestins de conversations au domicile de Liliane Bettencourt, éclaboussant l'entourage de la milliardaire et l'ancien ministre du Budget puis du Travail Eric Woerth.

Une enquête préliminaire avait alors été ouverte sur un possible financement politique illégal par le parquet de Nanterre dirigé par Philippe Courroye, avec lequel Isabelle Prévost-Desprez livrait "une vraie guérilla, une bataille nucléaire", dit-elle dans le livre.

En novembre 2010, la Cour de cassation avait décidé de transférer les procédures de l'affaire Bettencourt à Bordeaux.

Selon Mme Prévost-Desprez, "ce procès représentait pour l'Elysée un risque majeur, il y avait 90% de chances pour que ce soit déflagratoire. Il fallait me faire dessaisir, par tous les moyens. Il était impératif de me débarquer".

C'est désormais aux juges d'instruction de Bordeaux qu'il revient de prendre l'initiative d'entendre l'ex-infirmière et la juge.

Du côté du parquet de Nanterre, on se déclare "très surpris que ces allégations n'aient pas suivi la procédure normale", en soulignant qu'"à aucun moment", le procureur de la République "n'a été informé de ces faits supposés".