Mariage homosexuel : ces maires UMP qui seront «hors la loi» et qui «l’assument»
Le gouvernement compte aller vite. Le droit au mariage homosexuel, ou droit au mariage pour tous, sera présenté en conseil des ministres le 31 octobre. Il pourrait arriver à l’Assemblée le 13 décembre ou au pire « début 2013 », indique-t-on du côté du ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies. Face à l’empressement du gouvernement, la fronde des maires UMP s’organise. Le sujet divise la droite, mais beaucoup d’élus sont opposés au mariage homosexuel.
Amendement « pour inclure une clause de conscience »
Le collectif des « maires pour l'enfance », qui avait déjà mobilisé plusieurs milliers de maires en 2006 contre le mariage entre deux personnes du même sexe, refait surface et compte bien défendre sa conception du mariage. Des députés et des sénateurs UMP sont aussi à la manœuvre. Ils sont « plusieurs dizaines », selon le sénateur de Vendée apparenté UMP Bruno Retailleau, un ex-villiériste. Ils préparent une tribune qui « pourrait être publiée dans Libération dans une dizaine de jours », selon le sénateur. Lorsque le texte arrivera au Parlement, Bruno Retailleau compte l’amender « pour y inclure une clause de conscience ou un droit de retrait pour le maire ». C’est la demande de ces édiles qui, avant même que la loi soit votée, annoncent déjà qu’ils ne l’appliqueront pas.
« J’exercerai d’une manière ou d’une autre mon droit de retrait pour ne pas procéder à cela car c’est le profond changement de la société judéo-chrétienne à la quelle j’appartiens. (…) Je serai complètement hors la loi et je l’assumerai », explique le sénateur-maire UMP du Teilleul, Jean Bizet (en premier dans la vidéo). Il compare son action à la « désobéissance citoyenne ».
Le sénateur-maire UMP de Compiègne Philippe Marini est lui aussi totalement opposé au mariage homosexuel. « Je ne célèbrerai pas ces mariages car c’est totalement contraire à mes convictions les plus profondes », explique-t-il, affirmant que « dans (ses) convictions figurent des arguments religieux ». Selon Philippe Marini, « le droit des enfants prime sur le plaisir et sur la vision des parents ».
« Un délitement complet de la société »
Même chose pour Raymond Couderc. La question ne le laisse pas insensible. « Il est hors de question que je célèbre un mariage homosexuel. Le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, avec pour but de fonder une famille, de procréer. Point final », cadre le sénateur-maire UMP de Béziers. « Je serai hors la loi. Qu’une procédure soit engagée contre moi. Je suis prêt. Je souhaite qu’il y ait une clause de conscience ».
S’il précise avoir « d’excellents amis homosexuels » et être pour « l’amélioration du pacs », il qualifie le mariage homosexuel de « déviance de la société, qui serait ainsi dévoyée ». « Je ne vois pas pourquoi on changerait tout d’un coup une règle naturelle de fonctionnement. (…) Ce mariage serait une provocation. Ils veulent singer le mariage entre un homme et une femme qui est le seul mariage qui vaille », lance Raymond Couderc. Il insiste : « Ce serait un délitement complet de la société. On ne sait plus qui est quoi, il n’y a plus de père, plus de mère, on a besoin de repères ». Il défend les propos du maire du VIIIe arrondissement de Paris François Lebel, pour qui le mariage pour tous pourrait ouvrir la porte aux « mariages consanguins, à la pédophilie, l'inceste ». « Il veut dire qu’à partir du moment où on attaque cette règle de la société, pourquoi pas d’autres ? Il explique qu’on lève un verrou, on ouvre la boîte de pandore ».
« Ridicule de dire qu’on n’appliquera pas la loi », selon Balkany
Tout en étant opposé au mariage homosexuel, d’autres maires UMP n’ont pas de position aussi tranchée. Si Patrick Balkany, maire UMP de Levallois-Perret, votera contre le projet de loi, il l’appliquera s’il est adopté. « Il est ridicule de dire qu’on n’appliquera pas la loi. En tant que maire, nous sommes des représentants de l’Etat. Si on me demande, je le ferai », assure-t-il, tout en minimisant le nombre possible de mariages entre personnes du même sexe : « Il n’y aura pas la queue à la mairie. Ces mariages seront extrêmement rares ». Selon Patrick Balkany, il s’agit avant tout « d’une diversion du gouvernement, un rideau de fumée ». Christian Cambon, sénateur-maire UMP de Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne, est opposé au texte. Mais il estime que « le droit de retrait est une mesure grave. (…) On aurait deux catégories de mairies », met-il en garde (voir la vidéo, deuxième intervenant).
Au milieu de ces élus anti-mariage homo, d’autres font entendre une autre voix, comme la sénatrice UMP Chantal Jouanno ou le député Franck Riester. François Grosdidier, sénateur-maire UMP de Woippy, près de Metz, se dit aussi « totalement favorable au mariage homosexuel », tout en étant « réservé » sur l’adoption. « J’ai déjà célébré des pacs en mairie, à portée symbolique », précise-t-il. Pas de droit de retrait pour lui.
Alain Vidalies dénonce « une faute politique »
Pour les édiles récalcitrants, le ministre délégué aux Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, n’hésite pas à se faire menaçant. « C’est une erreur, c’est une faute politique, c’est l’expression d’un ringardisme social assez fort. Il y a déjà 10 pays qui appliquent cela en Europe. (…) Si un jour cette loi est votée, tout le monde devra l’appliquer », a-t-il prévenu sur l’antenne de Public Sénat :
Mais Philippe Marini ne craint pas d’être dans l’illégalité. Il a déjà trouvé la solution : « On peut être indisponible. Si c’est l’heure de la messe, je suis indisponible. Si je dois me rendre à l’assemblée générale d’une association de boullistes ou du club de tir à l’arc, je suis indisponible », lance-t-il, un brin de sourire dans la voix. Et d’ajouter : « Dans mon conseil municipal, j’ai sept conseillers municipaux d’opposition socialo-communiste. Il y en a un qui se dévouera… »





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