PS : une succession d’Aubry très (en)cadrée…

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François Vignal, envoyé spécial à La Rochelle
Le 25.08.2012 à 16:33
PS : une succession d’Aubry très (en)cadrée…
Martine Aubry et Harlem Désir, à l'Université d'été du PS, à La Rochelle.
© AFP
Ça se confirme : Martine Aubry va lâcher les rênes du PS. Reste à départager Harlem Désir de Jean-Christophe Cambadélis. La première secrétaire s’y emploie, laissant peu de place au hasard… et au vote des militants. Certains parlent déjà de « faux congrès ».

L’image est soignée : vendredi soir, pour le pot de Martine Aubry face à la presse, à la l’Université d’été du PS à La Rochelle, la première secrétaire est entourée de sa garde rapprochée et ses soutiens. Jean-Marc Germain, le directeur de cabinet devenu député, François Lamy, le conseiller maintenant ministre de la Ville, Christophe Borgel, Guillaume Bachelay. Et bien sûr Harlem Désir, numéro 2 du parti, et le député Jean-Christophe Cambadelis. C’est entre ces deux-là que la succession de la maire de Lille se joue.

Rebsamen : « Aubry désignera » son successeur

Martine Aubry l’a répété : elle quittera la direction du PS « si les conditions sont réunies ». Elle ajoute, histoire de faire durer encore un peu ce faux suspens : « J’ai encore un peu de travail pour m’assurer que le PS soit sur de bons rails. Mais les choses avancent bien ». Pour en dire plus, il est encore trop tôt. Les motions – dont le premier signataire peut postuler à la tête du PS selon les nouveaux statuts – doivent être déposées avant le 11 septembre. Pour le moment, il ne faut pas faire de l’ombre au premier ministre Jean-Marc Ayrault qui doit parler samedi en fin d’après-midi à La Rochelle. « On est dans le plan com’ », reconnaît un hiérarque de Solferino. « Il faut respecter le temps, les militants, le débat des contributions et le choix des motions », explique Jean-Christophe Cambadelis. « Même dans un parti laïc, il y a des liturgies », plaisante Guillaume Bachelay.

Le choix, c’est surtout Martine Aubry qui s’en charge. François Rebsamen, un temps pressenti pour prendre la relève, en sait quelque chose. « J’ai été très flatté que certaines personnes pensent à moi, mais je ne suis pas candidat ». Qui remplacera la première secrétaire ? « Celui que Martine Aubry désignera », lance le hollandais, président du groupe PS du Sénat. Mais si Martine Aubry veut choisir, Jean-Marc Ayrault et François Hollande ne sont bien-sûr pas indifférents au choix qui sera fait.

« Ni débat, ni rénovation »

Alors que le congrès de Toulouse se tient les 27 et 28 octobre, c’est entre quelques-uns que le choix s’opère. Le vote des militants, le 11 octobre, ne viendra que le valider. « J’ai l’impression que le nombre de grands électeurs est assez réduit », ironise un ministre de premier plan. Il ajoute : « La primaire a rassemblé 3 millions de personnes. Là, ils sont moins nombreux ». « Il n’y a ni débat, ni rénovation », tacle, plus direct, un baron socialiste.

A la gauche du PS, ça passe mal. Benoît Hamon, tenant de l’aile gauche, a signé la contribution de son courant Un monde d’avance, alors qu’il était demandé aux ministres de ne faire qu’un seul bloc derrière celle de Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault. Mais sur l’éventualité de soumettre au vote des militants une motion, la gauche du Parti socialiste est partagée. Certains ont des « doutes ». La sénatrice Marie-Noëlle Lienneman, comme Gérard Filoche, comptent bien en découdre. L’ex-ministre de Lionel Jospin va y aller, quoi qu’il arrive. Mais s’il s’agit de se compter, de peser et défendre une autre vision sur le traité budgétaire européen, l’objectif ne sera pas de présenter un candidat au poste de premier secrétaire. Le sénateur Gaëtan Gorce pourrait bien de son côté présenter aussi sa motion avec Juliette Méadel.

« Faux congrès » pour François Patriat

Alors tout est joué d’avance ? « C’est le congrès du lendemain du projet et de la présidentielle. Ça explique la tonalité. On sort de 5 ans de débats. Est-ce qu’au congrès de Reims (où les socialistes s’étaient déchirés, ndlr) c’était mieux ? » demande le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone. L’élu de Seine-Saint-Denis a « un penchant » pour Cambadélis. « Il a un avantage : il a été artisan de la gauche plurielle », rappelle Claude Bartolone. Pas inutile, avec des alliés écologistes qui gardent une liberté de parole. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls apprécie aussi Cambadélis, tout en soulignant « l’atout » de Désir : « Avoir été premier secrétaire par intérim ». « Harlem, c’est celui qui ne fera de mal à personne », lâche le sénateur François Patriat, « Jean-Christophe lui imprimera plus sa marque au parti ». Face à ce renouvellement où tout se joue dans un cercle fermé, le président de la région Bourgogne n’a pas peur de parler de « faux congrès. Mais il y a tellement d’urgence dans le pays qu’on ne peut pas se permettre un débat stérile au PS ». Claude Bartolone préfère parler de « démocratie aboutie. On n’est pas pour l’autogestion permanente »… Marie-Noëlle Lienemann, elle, grince des dents : « On n’est pas un parti de l’Union soviétique ! »

« Ça fait partie des grandeurs du PS : avoir de grands débats sur la démocratie participative et arriver avec des accords d’appareil. Mais difficile de faire autrement », affirme François Patriat. La gauche est de retour au pouvoir depuis mai. L’unité retrouvée de la maison Solférino n’y a pas été pour rien. Il s’agit de la prolonger pour mieux soutenir le gouvernement. Alors au final, « Camba » ou Désir ? Si Martine Aubry hésite, une idée : la courte-paille ? « Oui, la courte-paille », rigole Jean-Christophe Cambadelis. Voilà peut-être de nouveaux statuts pour le PS.