Sarkozy et les fonctionnaires, cinq ans de relations difficiles

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François Vignal
Le 12.01.2012 à 19:33
Sarkozy - AFP
La grogne est de mise même chez les forces de l’ordre, qui subissent aussi les réductions d’effectifs.
© AFP

Sarkozy et les fonctionnaires, c’est loin d’être une histoire d’amour. Revalorisation salariale d’un côté, mais non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite de l’autre, la politique menée par le chef de l’Etat depuis plus de 4 ans n’a pas toujours reçu le meilleur accueil. La fameuse RGPP (révision générale des politiques publiques) concentre les griefs. Politique idéologique symbole du sarkozysme pour les uns, réussite et nécessité pour les autres, la règle du « un sur deux » a supprimé 150.000 emplois dans la fonction publique depuis 2008, sur un total de 2,4 millions.

Pour ne rien arranger, le chef de l’Etat n’a pas toujours cherché à flatter les fonctionnaires, un électorat réputé loin d’être acquis à la droite. Le Président a alterné caresse et vexations. Si en 2008, il leur demande d’être « fiers » de leur métier – « On ne parle pas bien des fonctionnaires. On ne respecte pas assez vos compétences. On ignore les difficultés qui sont les vôtres » – c’est pour mieux dire, en septembre 2011, que son « devoir » est « d’abord de penser aux ouvriers » plutôt qu’aux agents de la fonction publique.

Loi sur la précarité des fonctionnaires « avant la fin de l'hiver »

Nicolas Sarkozy a promis que le projet de loi qui vise à réduire la précarité vécue par une partie des 891.000 contractuels de la fonction publique serait voté « avant la fin de l'hiver », lors de la présentation de ses voeux aux fonctionnaires à Lille. Le projet découle d'un accord signé le 31 mars par six syndicats et doit déboucher sur 40 à 50.000 titularisations et des contrats à durée indéterminée pour 100.000 agents.

Ce jeudi, pour ses vœux à Lille aux fonctionnaires, Nicolas Sarkozy a défendu sa politique. Il a énuméré les réformes réussies, prenant exemple sur la fusion des services des impôts et du Trésor ou la création de Pôle emploi. Et bien sûr la règle du un sur deux. Elle « a permis de redistribuer aux fonctionnaires 2 milliards d’euros supplémentaires » sur les économies réalisées « et a bénéficié à 2 millions d’agents ». Il a justifié ce choix par la crise qui frappe le pays.

Mardi, le ministre de la Fonction publique, François Sauvadet, a annoncé que la RGPP, et donc le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, devait se poursuivre vu le contexte budgétaire, qualifiant la RGPP « d’anticipation ». Un revirement complet. La semaine dernière, le même François Sauvadet affirmait que le un sur deux arrivait « au bout »… Ce n’est pas la première fois que l’exécutif tergiverse sur cette mesure polémique. Au printemps dernier, l’ex-ministre de la Fonction publique, Georges Tron, affirmait que la règle « ne devrait pas se poursuivre après 2012 ». François Baroin, alors ministre du Budget, contredisait aussitôt son collègue, avant que Claude Guéant coupe la poire en deux, affirmant que « le maintien de la règle du "un sur deux" se posera lors de la préparation de la loi de finances 2012 »…

102 millions d'euros de consulting

Plusieurs rapports parlementaires ont décortiqué cette politique. Le dernier, publié en décembre par les députés François Cornut-Gentille (UMP) et Christian Eckert (PS) a relevé le recours accru aux consultants privés pour les réorganisations liées à la RGPP. Le montant depuis 2007 : 102 millions d’euros.

En juin dernier, le Sénat publie de son côté le rapport de l’UMP Dominique de Legge, intitulé « La RGPP : un défi pour les collectivités territoriales et les territoires ». C’est le sénateur PS François Patriat qui préside les travaux de la mission. Son constat est sans appel. « C’est une réduction à l’aveugle des effectifs au détriment des populations, des élus et des territoires », assène le sénateur socialiste de Côte-d’Or. Il continue : « Les moyens humains ne sont plus là. En off, les directeurs d’hôpitaux, les directeurs de la gendarmerie ou de la police, tous nous disent qu’ils sont sur l’os. Dans les préfectures, on ouvre à 9h30 et il y a déjà 100 personnes qui font la queue ! Et l’après-midi on ferme pour faire le back-office. Les services publics sont à la dérive ».

Critiques aussi à l'UMP

François Patriat ne nie pas la possibilité de rechercher des économies. Mais c’est la manière de le faire qu’il pointe : « Il y a sans doute des emplois à économiser, ceux qui font doublon avec les départements et les régions. Mais il ne faut pas le faire de façon aveugle ».

La RGPP n’a pas que des adeptes à droite non plus, surtout chez les élus locaux. En mai dernier, le sénateur UMP Bruno Sido tirait la sonnette d’alarme, à force de voir les fermetures de classes en zones rurales. Il voyait le risque en vue des sénatoriales… que la droite a perdues. « Il faut quand même être intelligent. Je ne doute pas qu’en France il faille appliquer cette RGPP. Encore faut-il l’appliquer d’une façon un peu politique », conseillait le président du conseil général de la Marne. Il n’a pas été entendu.

 
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