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Taxe Tobin : «De la tactique» pour «piéger la gauche», dénonce Nicole Bricq
La Taxe Tobin fait son retour. L’exécutif cherche à mettre en place la fameuse taxe sur les transactions financières d’ici la présidentielle. A priori, rien de nouveau. Nicolas Sarkozy se prononce depuis des mois pour l’instauration de la taxe, popularisée par Attac à la fin des années 90. Mais à défaut d’accord mondial, le dispositif devait au moins être accepté à l’échelle européenne. C’était la position de la France, jusqu’à la fin 2011. Aujourd’hui, Paris est prêt à y aller seul, comme l’a révélé Libération.
Le chef de l'Etat l'a confirmé. La France « n'attendra pas que tous les autres soient d'accord » pour mettre en oeuvre la taxe sur les transactions financières, a assuré vendredi Nicolas Sarkozy, sans toutefois donner de précision sur la date à laquelle elle pourrait entrer en vigueur. « Nous la mettrons en oeuvre parce que nous y croyons », a ajouté le Président.
Son conseiller spécial Henri Guaino a affirmé plus tôt dans la journée qu'une décision sur une taxation des transactions financières en France serait prise « avant la fin du mois de janvier », la France étant prête à « montrer l'exemple ».
Cette option a été totalement exclue par l’Allemagne et l’Italie qui veulent une solution européenne. Le chef du gouvernement italien Mario Monti, qui réagissait à Matignon avec le premier ministre François Fillon, a estimé « nécessaire » que les différents pays européens « n'aillent pas en solitaire dans l'application » de cette taxe.
« Il va nous en sortir une tous les jours comme ça »
L’annonce de l'exécutif étonne la sénatrice PS Nicole Bricq. La rapporteure générale de la commission des finances du Sénat a défendu dans l’hémicycle, pas plus tard que fin novembre, la création d’une telle taxe, lors de l’examen du Projet de loi de finances. D’un taux de 0,05%, la taxe est même votée à la « quasi unanimité » par le Sénat, avec des voix de l’UMP, dont celle du président de la commission des finances, Philippe Marini. Le gouvernement s’oppose alors à la taxe…
En changeant subitement de position, Nicolas Sarkozy cherche-t-il à piéger la gauche, à moins de 4 mois du premier tour ? Ce serait un moyen de pousser le PS à voter ce texte avec le gouvernement ou à le refuser, quitte à paraître se contredire. « Evidement. C’est électoral et électoraliste. Evidemment que c’est fait pour ça, (…) pour piéger la gauche. Franchement, il va nous en sortir une tous les jours comme ça », lance Nicole Bricq, interrogée par Public Sénat.
La sénatrice de Seine-et-Marne y voit surtout un coup politique de Nicolas Sarkozy. « Combien de fois ils nous ont fait le coup ? Mais ce n’est jamais exactement ce que nous préconisons. C’est toujours pour permettre, sur une tribune électorale, de dire du mal du candidat du PS, de François Hollande, (…) c’est purement déclaratif. Donc c’est de la tactique. Pourquoi pas, la tactique fait aussi partie de la politique. Mais quand ce n’est que ça, et jamais du fond, c’est quand même bordé de suspicion cette affaire. On se prononcera par rapport à ce que le Sénat avait voté, je le rappelle, à l’unanimité ».
« Annonce floue »
Nicole Bricq « trouve curieux que les arguments qu’on nous avait avancés, « la France ne peut pas le faire toute seule, (…) maintenant (ces) arguments n’ont plus de valeur, aux yeux de certains qui le prétendaient il y a encore trois semaines même pas… » Elle ajoute : « Si c’est pour couper l’herbe sous le pied à la commission européenne, ce n’est pas très malin non plus ».
« On est en campagne électoral et le candidat-Président bouge tous les jours. Un jour c’est la TVA sociale, un autre c’est la taxe sur les transactions financières. Si on veut être sérieux, reste à s’occuper du fond de ce que peut être cette taxe. Pour l’instant l’annonce est floue », insiste Nicole Bricq, qui s’interroge sur le « taux », « l’assiette », le « rendement » et « la destination » de la taxe.

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