Tunisie : la censure à l’épreuve du Web

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Laurent Berbon
Le 05.01.2011 à 18:03
Tunisie - Public Sénat
© Public Sénat
Internet, dernier rempart contre la censure ? Alors que depuis la mi-décembre, la contestation sociale bat son plein en Tunisie, la mobilisation s’organise sur Internet pour tenter de contourner la censure des médias et poursuivre le mouvement. Le Président Ben Ali gagnera-t-il la bataille du Net ?

Commencé à la mi-décembre, le soulèvement d’une partie de la population tunisienne contre le régime du président Ben Ali va-t-il prendre une nouvelle dimension ? Le jeune diplômé chercheur qui s’était immolé le 17 décembre à Sidi Bouzid après une altercation avec la police, acte déclencheur des troubles sociaux que connaît le pays depuis le mois dernier est décédé mardi soir. Le pouvoir en place, avec à sa tête le Président Ben Ali doit faire face depuis le mois dernier à une révolte qui se propage à toutes les couches de la population dans un contexte économique et social de plus en plus difficile pour les Tunisiens. Une révolte qui se traduit par des manifestations à répétition dont les jeunes représentent le véritable fer de lance.

Une colère réprimée qui tente de trouver un second souffle sur le Net. Face à la répression policière et la censure des médias, les manifestants tentent de s’organiser sur la toile, difficilement toutefois. « On a rarement vu la censure atteindre un niveau aussi élevé en Tunisie », explique la responsable du Bureau des Nouveaux Médias de Reporters sans frontières qui observe par ailleurs une censure « de plus en plus précise et réactive ».

« Partager un lien sur le Net est devenu un acte de militantisme »

Alors que les articles des médias étrangers couvrant les évènements de Sidi Bouzid sont bloqués, au même titre que les sites d’information indépendants et ceux liés aux droits de l’Homme, les internautes  tunisiens s’activent, à l’instar d’"Astrubaal". « Le mouvement social tunisien fait la une de Libération ! » se félicite sur Twitter l’enseignant universaire, également membre de Nawaat.org ( blog collectif indépendant animé par des Tunisiens). Dans un contexte où des blogs sont fermés, des pages et comptes Facebook ou Twitter piratés, "Astrubaal" écrivait le 3 janvier : « Mon compte Facebook vient d’être piraté (…) je viens de changer tous mes mots de passe…il ne me reste plus qu’à changer les serrures de ma maison ».

La veille, Emma Benjii écrivait sur son blog : « Je suis une citoyenne qui a peur (…) j’ai peur au réveil, quand je partage des liens, quand j’écris, quand je parle… ». « Partager un lien sur le Net est devenu un acte de militantisme qui nous a transformés en militants malgré nous », concluait-elle cependant.

Sur son blog, « Z » a quant à lui choisi d’exprimer sa révolte en mettant en ligne des dessins qui parlent d’eux-mêmes.

 

 

Sur Facebook aussi, la mobilisation s’organise. Le nombre de pages consacrées à Sidi Bouzid se multiplie. A l’instar de « Tous Unis avec Sidi Bouzid », la page « Intifada Sidi Bouzid Invitez vos amis », qui regroupe plus de 6400 personnes relaie un maximum d’informations. Tataouine Bledi écrivait lundi : « Campagne de piratage des comptes messageries et mails par la police tunisienne : Changer vos mots de passe immédiatement (gmail/yahoo/hotmail/facebook) et surtout NE VOUS CONNECTEZ JAMAIS à partir d’une page non sécurisée ».

« Vous ne pouvez pas nous empêcher d’écrire ! »

La censure sur le Net, la blogueuse tunisienne Lisa Ben Mhenniis peut en témoigner. Dans un post publié le 3 janvier, cette dernière explique sur son blog censuré en Tunisie : « Je ne peux pas comprendre que quelqu’un d’aussi stupide ait piraté mon compte email, puis mon compte Facebook », avant de conclure : « Vous pouvez censurer, vous pouvez pirater, mais vous ne pouvez pas nous empêcher d’écrire ! », écrit-elle en rappelant bien que d’autres blogueurs sont dans la même situation. Mais si la censure est pugnace, la volonté des internautes tunisiens l’est tout aussi. « On les sent mobilisés. Ils ont vraiment envie de faire passer l’information », note Lucie Morillon. Cette dernière rappelle d’ailleurs que ce sont les médias en ligne qui ont relayé l’information que les médias traditionnels n’étaient pas en mesure de fournir.

La censure sévit et paradoxalement la blogosphère tunisienne n’a jamais été aussi active. Les internautes contournent la censure comme ils peuvent, en utilisant notamment les serveurs proxy qui leur permettent de masquer leur adresse IP. Et ils peuvent aussi compter sur un allié de poids en la personne d’Anonymous, groupe de hackers activistes anonymes. Enervé par cette escalade de la censure, ce collectif qui s’était déjà fait connaître au moment de Wilikeaks a décidé de riposter. Comment ? En essayant de rendre inaccessibles les sites de plusieurs ministères tunisiens.

Un véritable jeu du chat et de la souris s’opère désormais entre les censeurs, surnommés Ammar par les Tunisiens, et Anonymous. Un jeu qui pourrait ne pas tourner à l’avantage du Président Ben Ali d’après Lucie Morillon. « A l’heure d’Internet, on ne peut pas complètement bloquer l’info », fait-elle remarquer, d’autant que la solidarité internationale prend forme sur le Web. Comme le note la journaliste Amira Al Hussaini, « les appels des Tunisiens qui manifestent contre la corruption et le chômage (…) sont de plus en plus remarqués sur le Web mondial. Des internautes du monde entier se joignent à eux et y font écho ».

 
Titou85
Vous êtes vous posés la question suivante...? Qui à placé Ben Ali au pouvoir à l'époque, qui d'après vous..? Et qui va tout faire pour le prolonger de quelques années..? Ce sera encore pour quelques années le drame de la Tunisie, ou la "noblesse" de Carthage pourront encore engranger les dollars. Courage...fuyons...!!!
Mourad
Le chômage touche tout le monde. Plutôt que de critiquer le pays il faut au contraire le féliciter et l’encourager pour ses initiatives telles que la construction de plusieurs universités et le soutien à la poursuite des études supérieures ; ou encore le courage de nos politiques qui, lors des anciennes manifestations contre le chômage, ont appelé à la construction de plus d’écoles d’ingénieurs... En Tunisie presque chaque village a une Université : le pays a passé de 12 000 étudiants a 350 000 etudiants dont 60 % des filles. La Tunisie est devenu le pays d’1 million d’ingénieurs. Nos jeunes ingénieurs construisent aujourd’hui des Avions AIRBUS alors qu’avant ils ne faisaient que fabriquer des vêtements et des slips !!!. Je suis fier de lire dans la presse mondial sur les compétences tunisiennes qui travaillent dans les grands groupes (en Europe, USA…), dans les grandes universités, la Nasa… Scientifiquement, économiquement et technologiquement, la Tunisie est classé le 1er pays d’Afrique et du Monde arabe. D'après l'ONU, la Tunisie (sans ressources naturelles) est classée 1er pays arabe et 16 pays mondial !! en investissement dans le système d'éducation La Tunisie préfère avoir des chômeurs diplômés que des chômeurs incultes. Les autres pays préfèrent eux fermer les universités et réduire les taux de réussite au bac.
amoni
La Tunisie n'est pas la Chine, donc on ne doit pas se contenter d'une coopération strictement scientifique, technologique et commerciale! Ce pays, de par son choix d'appartenir à l'Union pour la Méditerranée, doit se conformer à un minimum de démocratie! L'habitude de gagner les élection depuis 30 ans avec 99% des voix, cela n'est plus acceptable!
Titou 85
Bien Cher Ami tunisien, A quoi cela peut il servir d'avoir une université dans chaque village...? Vous êtes en pleine contradiction, dès lors ou vous nous faîtes comprendre que "ces" ingénieurs diplômes travaillent tous, oui , mais à l'étranger. Former, créer, promouvoir oui, c'est ce que j'ai fais, à une seule condition que cela serve le pays et d'abord les jeunes à rester dans leur pays et à entreprendre la construction de la Tunisie. Grâce à Dieu, c'est ce qu'ils ont faits. J'en suis très fiers. Que vive cette bénite Tunisie dans la paix et la L.I.B.E.R.T.E Un ami au cœur tunisien , moi qui suis né là-bas...!!!
E. Cohen
Bravo Nous sommes avec la Tunisie E. Cohen

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