Réunion publique très réussie a joué les tours ce soir avec Mehaignerie.Qui a parlé de "vague rose"?
Tunisie : la censure à l’épreuve du Web
Commencé à la mi-décembre, le soulèvement d’une partie de la population tunisienne contre le régime du président Ben Ali va-t-il prendre une nouvelle dimension ? Le jeune diplômé chercheur qui s’était immolé le 17 décembre à Sidi Bouzid après une altercation avec la police, acte déclencheur des troubles sociaux que connaît le pays depuis le mois dernier est décédé mardi soir. Le pouvoir en place, avec à sa tête le Président Ben Ali doit faire face depuis le mois dernier à une révolte qui se propage à toutes les couches de la population dans un contexte économique et social de plus en plus difficile pour les Tunisiens. Une révolte qui se traduit par des manifestations à répétition dont les jeunes représentent le véritable fer de lance.
Une colère réprimée qui tente de trouver un second souffle sur le Net. Face à la répression policière et la censure des médias, les manifestants tentent de s’organiser sur la toile, difficilement toutefois. « On a rarement vu la censure atteindre un niveau aussi élevé en Tunisie », explique la responsable du Bureau des Nouveaux Médias de Reporters sans frontières qui observe par ailleurs une censure « de plus en plus précise et réactive ».
« Partager un lien sur le Net est devenu un acte de militantisme »
Alors que les articles des médias étrangers couvrant les évènements de Sidi Bouzid sont bloqués, au même titre que les sites d’information indépendants et ceux liés aux droits de l’Homme, les internautes tunisiens s’activent, à l’instar d’"Astrubaal". « Le mouvement social tunisien fait la une de Libération ! » se félicite sur Twitter l’enseignant universaire, également membre de Nawaat.org ( blog collectif indépendant animé par des Tunisiens). Dans un contexte où des blogs sont fermés, des pages et comptes Facebook ou Twitter piratés, "Astrubaal" écrivait le 3 janvier : « Mon compte Facebook vient d’être piraté (…) je viens de changer tous mes mots de passe…il ne me reste plus qu’à changer les serrures de ma maison ».
La veille, Emma Benjii écrivait sur son blog : « Je suis une citoyenne qui a peur (…) j’ai peur au réveil, quand je partage des liens, quand j’écris, quand je parle… ». « Partager un lien sur le Net est devenu un acte de militantisme qui nous a transformés en militants malgré nous », concluait-elle cependant.
Sur son blog, « Z » a quant à lui choisi d’exprimer sa révolte en mettant en ligne des dessins qui parlent d’eux-mêmes.
Sur Facebook aussi, la mobilisation s’organise. Le nombre de pages consacrées à Sidi Bouzid se multiplie. A l’instar de « Tous Unis avec Sidi Bouzid », la page « Intifada Sidi Bouzid Invitez vos amis », qui regroupe plus de 6400 personnes relaie un maximum d’informations. Tataouine Bledi écrivait lundi : « Campagne de piratage des comptes messageries et mails par la police tunisienne : Changer vos mots de passe immédiatement (gmail/yahoo/hotmail/facebook) et surtout NE VOUS CONNECTEZ JAMAIS à partir d’une page non sécurisée ».
« Vous ne pouvez pas nous empêcher d’écrire ! »
La censure sur le Net, la blogueuse tunisienne Lisa Ben Mhenniis peut en témoigner. Dans un post publié le 3 janvier, cette dernière explique sur son blog censuré en Tunisie : « Je ne peux pas comprendre que quelqu’un d’aussi stupide ait piraté mon compte email, puis mon compte Facebook », avant de conclure : « Vous pouvez censurer, vous pouvez pirater, mais vous ne pouvez pas nous empêcher d’écrire ! », écrit-elle en rappelant bien que d’autres blogueurs sont dans la même situation. Mais si la censure est pugnace, la volonté des internautes tunisiens l’est tout aussi. « On les sent mobilisés. Ils ont vraiment envie de faire passer l’information », note Lucie Morillon. Cette dernière rappelle d’ailleurs que ce sont les médias en ligne qui ont relayé l’information que les médias traditionnels n’étaient pas en mesure de fournir.
La censure sévit et paradoxalement la blogosphère tunisienne n’a jamais été aussi active. Les internautes contournent la censure comme ils peuvent, en utilisant notamment les serveurs proxy qui leur permettent de masquer leur adresse IP. Et ils peuvent aussi compter sur un allié de poids en la personne d’Anonymous, groupe de hackers activistes anonymes. Enervé par cette escalade de la censure, ce collectif qui s’était déjà fait connaître au moment de Wilikeaks a décidé de riposter. Comment ? En essayant de rendre inaccessibles les sites de plusieurs ministères tunisiens.
Un véritable jeu du chat et de la souris s’opère désormais entre les censeurs, surnommés Ammar par les Tunisiens, et Anonymous. Un jeu qui pourrait ne pas tourner à l’avantage du Président Ben Ali d’après Lucie Morillon. « A l’heure d’Internet, on ne peut pas complètement bloquer l’info », fait-elle remarquer, d’autant que la solidarité internationale prend forme sur le Web. Comme le note la journaliste Amira Al Hussaini, « les appels des Tunisiens qui manifestent contre la corruption et le chômage (…) sont de plus en plus remarqués sur le Web mondial. Des internautes du monde entier se joignent à eux et y font écho ».

.jpg)



Réagir