Charivari au Sénat sur le texte sur la psychiatrie

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Aida Kergroach, César Armand
Le 10.05.2011 à 19:19

Mardi, au Sénat, l’examen du texte est arrivé dans l’hémicycle. La séance a été rythmée par les avis du gouvernement et les interventions de l’opposition. Trêve dans le débat, Laurent Béteille, sénateur UMP de l’Essonne a témoigné: « mon fils a sombré dans la schizophrénie, il est aujourd’hui clochard ». Devant le Palais du Luxembourg, les professionnels de santé ont également donné de la voix.

L’arrivée du texte sur la psychiatrie au Sénat a été tumultueuse. Jeudi dernier, la démission de la centriste Muguette Dini, rapporteure du texte, a provoqué un mini-séisme. Le fait est inédit au sein de la Haute Assemblée : l’examen des amendements a été houleux et a conduit au rejet du texte.

L’imbroglio de la semaine dernière s’est transformé en charivari : à peine sorti de commission, le nouveau rapporteur UMP Jean-Louis Lorrain affiche une mine déconfite et lâche : « C’est complètement surréaliste, nous sommes en pleine folie, en plein dans la psychiatrie !». Pour lui, les positions ne sont pas unanimes, observant  que « les contradictions et les clivages fusent dans tous les sens ». Ses collègues de la majorité confirment : examiner la version de  l’Assemblée nationale au Sénat, « c’est du jamais vu !».

Côté centristes, les lignes bougent. Le sénateur du Pas-de-Calais Jean-Marie Vanlerenberghe a retiré certains de ses amendements, notamment ceux portant sur les soins ambulatoires sans consentement. Il y a peu de temps encore, l’élu d’Arras plaidait pourtant contre ce type de soins.

Alain Milon, sénateur UMP du Vaucluse, lui aussi, retourne sa veste. Après s’être positionné contre les soins ambulatoires sous contrainte en constatant qu’il ne voyait « pas comment quelqu'un qui est soigné sans son consentement peut être soigné chez lui », il a déposé mardi, un amendement autorisant les soins ambulatoires dans différents lieux, même le domicile du patient.

Les soins ambulatoires sous contrainte

L’examen de l’ensemble du texte pourrait être long : 331 amendements ont été déposés. Il pourrait être aussi douloureux pour la majorité et avec plusieurs  inconnues : les sénateurs UMP seront-ils unis ? Comment les centristes vont-ils voter ? Sachant que l’UMP n’a pas la majorité absolue, elle devra compter sur des voix centristes.

Le RDSE, les socialistes ainsi que les communistes font front : il vaut mieux privilégier l’hospitalisation sans consentement en hôpital assortie de sorties d’essai plutôt que des soins ambulatoires. L’argument est clair : le texte ne propose pas assez de garanties pour assurer ce type de soins. Ce à quoi Nora Berra, secrétaire d’Etat à la Santé répond : « J’admets  les interrogations et les inquiétudes », sans apporter aucune précision quant aux moyens.

L’intervention du juge des libertés et de la détention

Dans l’hémicycle, l’examen du texte a déjà débuté, alors qu’une manifestation rassemblant les professionnels de santé, des associations de patients,  et des psychiatres, se tient devant le Sénat. Ils sont unanimes : il s’agit d’un texte « plus sécuritaire que sanitaire ». Ils attendaient l’adoption des motions de procédure permettant le rejet définitif du texte. La majorité a voté contre : l’examen du texte se poursuit.

Selon des aides-soignants travaillant dans un établissement public fermé : « Les élus de la nation ne doivent pas être les fossoyeurs du service public hospitalier. C’est une loi scélérate qui démantèle les pratiques. Nous ne voyons pas comment c’est réalisable l’hospitalisation à domicile. C’est quelque chose d’antinomique et d’antithérapeutique ! »

Jérôme Guedj, président PS du conseil général de l’Essonne acquiesce : « Ce projet est techniquement impossible, politiquement insupportable. J’ai été 12 ans président d’hôpital psychiatrique. Il existe déjà des dispositifs d’hospitalisation d’office à la demande d’un tiers. Le reste c’est du marketing, de la communication politique».

Le texte prévoit, en effet, un contrôle automatique du juge des libertés et de la détention (JLD) sur les mesures d’hospitalisation en soins psychiatriques sans consentement. Au-delà de 15 jours et ensuite tous les six mois, le magistrat interviendrait dans les modalités de prise en charge du patient. Or ce volet judiciaire suscite la réserve du ministre de la Justice. Michel Mercier y voit, la tentation de vouloir « faire jouer au juge le rôle de l’autorité administrative ou de médecin» et refuse l’extension du rôle du juge aux soins ambulatoires.

Loin de l’agitation ambiante, le sénateur Laurent Béteille se livre à la tribune : « Mon fils a eu son bac, commencé des études supérieures, avant de sombrer dans la schizophrénie. C'est un naufrage : il est aujourd'hui clochard, joue de la musique dans les rues et ramasse des mégots qu'il conserve précieusement… »

 
Britanie
Je suis moi-même mère de 2 grands enfants qui sont malades psychiques. Je connais bien la douleur et les problèmes qui en découlent. Il est très vrai que le malade est en danger d'abord pour lui-même et n'est pas conscient de l'être. Ils ont besoin de soin et surtout de respect et considération qui font tant défaut dans notre société où l'acceptation de la différence n'est pas dans les esprits des citoyens ordinaires car l'ignorence est la pire des armes.
ledire
Les avis peuvent être partagés. Un petit retour derrière les portes de ce qui s'est passé dans les EPS psychiatrqiues pour avoir un avis de terrain. http://forums.france2.fr/france2/les-infiltres/liste_sujet-1.htm LB.
cheche
Les initiateurs de ce texte sont nuls et pas au fait des réalites.j'en sais quelqeue chose(ma fille est schysoprhene depuis l age de 20 ans.elle est alle plusieurs fois en hospitalisation d office pour quelques jours sur notre demande car trop dangereuse ou sur injonction du Prefet (garant de l'ordre)pour troubles a l ordre public.Alors pourquoi changer la loi? Il faudra demander son avis?...elle refusera certainement car elle dira toujours qu'elle n'est pas malade;ce sont les autres qui le sont.Quant a l hospitalisation a domicile ou ambulatoire ça n'enlevera en rien sa dangerosite envers son entourage et avec la crainte d un drame...QUI EN SERA RESPONSABLE,,,LES AUTEURS DE LA LOI???? arretons ces conneries il y a des lois plus urgentes ET LES JUGES par manque criants de moyens ont autre chose a faire (crimes et delits à regler) Je comprend tout a fait la grande detresse de M.BETEILLE qui a osé s'exprimer a la tribune et pour cause...quel courage .Ses collegues doivent l ecouter car lui est au fait de ce probleme si douloureux.
julien bézy
On n'a pas besoin d'une politique spychiatrique sécuritaire. On a besoin de protéger le malade qui est d'abord victime de sa maladie et souvent victime des autres.

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