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Henri Sterdyniak : «L’accord européen est complètement catastrophique»
Les européens sont parvenus à un accord pour renforcer la discipline budgétaire dans la zone euro mais sans l’ensemble des pays de l’Union pour cause de clash avec la Grande-Bretagne. Mais selon Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE, « les pays se lient les mains en matière budgétaire ». Entretien.
L’accord européen est-il un tournant dans la construction européenne en ouvrant une Europe à deux vitesses ?
L’Europe est pleine de tourments. Le fait qu’elle soit à plusieurs vitesses n’est pas vraiment nouveau. Le problème existe depuis la création de la zone euro. Il y a ceux qui y sont et les autres. On était déjà plus ou moins dans l’Europe à 2 ou 3 vitesses. Là apparait plus clairement le fait que quelques pays refusent de céder au fédéralisme que proposent la France et l’Allemagne. De même on voit que la Grande-Bretagne refuse de laisser l’Europe réguler son système financier. Ce n’est pas une nouveauté. L’Irlande a toujours refusé l’harmonisation fiscale.
L’accord fait la part belle à une rigueur budgétaire accrue. Est-ce suffisant pour enrayer la crise ?
Il faut bien voir que l’accord est complètement catastrophique sur le plan économique. Les pays se lient les mains en matière budgétaire. Les pays de la zone euro n’auront plus aucune liberté en matière de polémique économique. C’est très préoccupant. Comment réagiront-ils demain s’il y a de nouveau une crise ? Ce n’est pas prévu. Les pays soumettent entièrement la politique budgétaire à la commission. Est-ce la peine d’aller voter l’année prochaine ? Il est stupéfiant qu’on réforme la politique budgétaire alors que la crise ne provient pas d’excès de déficit public, mais initialement, en 2007-2008, de l’avidité aveugle des marchés financiers. Depuis 2 ans, la crise de la zone vient d’erreurs du Traité de Maastricht qui ne prévoit pas que la BCE finance automatiquement les Etats. La spéculation a pu se déchaîner. Or l’accord ne garantie pas nettement les dettes publiques. On a l’impression que c’est un prétexte pour l’Allemagne et la commission d’imposer leur vue.
Donc cet accord ne va rien régler selon vous ?
Cet accord va mettre un certain temps à entrer en vigueur. Il ne répond pas aux défaillances qu’on constate depuis 4 ans. Peut-être que derrière cet accord, il existe un accord secret qui serait qu’en échange la BCE accepterait de garantir complètement les dettes publiques. Mais ce n’est pas annoncé. On voit mal comment les marchés pourraient être rassurés. Les pays vont simultanément mettre en œuvre une politique d’austérité. La chute de croissance qui en découlera n’est pas de nature à rassurer les marchés. Par ailleurs, l’accord ne prévoit aucune mesure pour relancer la croissance, favoriser le tournant écologique, la réindustrialisation des pays du Sud.
Vous dénoncez une perte de souveraineté ?
Oui, il y a un problème de perte de souveraineté. On nous avait vendu la zone euro en disant qu’avec la zone monétaire les pays n’auraient plus à se préoccuper de leur solde extérieur, que ça allait stabiliser leur économie. C’est tout à fait l’inverse, avec une paralysie complète des gouvernements. La crise a montré qu’on a besoin de politique budgétaire or on parait l’oublier. C’est un paradoxe.
La perte du triple A serait-elle aussi désastreuse qu’annoncé ?
Qu’est ce qui est le plus tragique ? La perte du triple A ou la perte de toute autonomie budgétaire ? Pour éviter la menace des marchés on prend la mesure qui est peut-être pire que la perte du triple A. On risque d’avoir les deux. Les marchés ne feront pas confiance à la zone qui est en récession durable. On aura la défaite et le déshonneur, comme il avait été dit après les accords de Munich lors du retour de Daladier.
Pourquoi les responsables politiques ne vont-ils pas plus loin dans la régulation des marchés ?
C’est d’une part la peur de s’opposer complètement aux marchés anglo-saxons, la difficulté de réguler ce marché. Le fait que l’Allemagne, qui en principe est pour la régulation, compte sur les marchés pour imposer une discipline aux pays du Sud. Et c’est le manque de courage des classes dirigeantes en Europe qui refusent de voir que la globalisation financière ne marche pas. Il faut un tournant dans le système financier et bancaire, sinon on aura en permanence ce genre de crise de confiance : perte de confiance des banques, risque de restriction de crédit. Il y a un manque de volonté des classes dirigeantes et des hommes politiques qui refusent de tirer les leçons de la crise qui impose de changer l’Europe et la finance.




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