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Sénatoriales : l’UMP à la manœuvre pour éviter les divisions
Les négociations battent leur plein. Celles sur les listes UMP pour les élections sénatoriales de septembre. Par téléphone ou dans les couloirs du Sénat, le président du groupe UMP Jean-Claude Gaudin est à la manœuvre. Son objectif : empêcher autant que possible les listes dissidentes, synonymes de pertes de sièges. La majorité ne peut se le permettre, alors que le scrutin s’annonce d'ores et déjà serré pour la présidence du Sénat, avec une gauche aux aguets.
« C’est compliqué à peu près partout », résume un sénateur UMP. Dans plusieurs départements, le parti majoritaire risque de voir sa liste officielle concurrencée par une liste dissidente. Dans l’Isère, le tête de liste sortante Bernard Saugey, lui-même concerné, résume la situation : « Chaque fois qu’une personne veut venir sur une liste et qu’on dit non, automatiquement elle dit « bon parce que c’est ça, je vais faire ma liste ». C’est le coup classique. Mais la personne qui fait sa liste ne fait généralement pas son siège. Tout le problème est là. Elle se contente de faire perdre des voix mais ne fait pas pour autant un siège. C’est vrai qu’on a pas mal de départements à régler ».
Regardez Bernard Saugey :
A Paris, après de nombreuses tensions, la liste menée par Chantal Jouanno a été entérinée. Mais plusieurs maires d’arrondissements de la capitale, Jean-François Legaret en tête, menacent de monter leur propre liste. Ils acceptent difficilement une (tête de) liste imposée par Nicolas Sarkozy. Dans les Hauts-de-Seine, la liste sera menée par Roger Karoutchi et les sortants Isabelle Debré et Jacques Gautier. Elle est sous la menace d’une liste dissidente. Le nom de Joëlle Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux, circule. Quant à Isabelle Balkany, sa défaite aux cantonales pourrait doucher ses ambitions pour le Sénat. Reste sa proximité avec le chef de l’Etat. « Nous sommes le département dont est issu le président de la République. Alors soyons exemplaires », demande Isabelle Debré.
Un fauteuil pour deux
En Seine-Saint-Denis, ce sera un fauteuil pour deux. L’UMP n’a toujours pas départagé les deux sortants Philippe Dallier et Christian Demuynck. Le centre devant présenter sa liste, la majorité risque de perdre un siège. Dans le Val d’Oise, Hugues Portelli a déjà un concurrent déclaré dans son camp, en la personne du maire UMP de Franconville Francis Delattre, qui conduira sa propre liste. Dans la Manche, le sortant Jean Bizet pourrait faire face à une deuxième liste. Moins gênant dans ce département moins peuplé où le scrutin est majoritaire. Les listes se retrouvent au second tour.
Les Yvelines, département de Gérard Larcher, ne sont pas épargnées. Si l’UMP part unie derrière le président du Sénat, ce sont les centristes qui pourraient compliquer la donne. Trois élus menacent de monter leur liste : Michel Laugier, successeur à la mairie de Montigny-le-Bretonneux de Nicolas About, ancien président du groupe centriste du Sénat nommé par Gérard Larcher au CSA ; Michel Colin, le maire de Noisy-le-Roi ; et la sénatrice Roselle Cros, qui a remplacé About après sa nomination. Le risque pour la majorité : perdre un siège, si toutes les listes vont au bout. Mais à gauche, la liste PS menée par la vice-présidente du Sénat Catherine Tasca pourrait aussi faire face à une liste dissidente.
L’Elysée s’en mêle
Dans le Nord, « il peut y avoir plusieurs listes UMP. C’est une autre façon de vivre la dissidence. Il y a 10 ans, il y avait une liste RPR-UDF, RPR-DL et une indépendante », explique le sénateur UMP Jean-René Lecerf. Avec en 2e position la centriste Valérie Letard, il mènera sa liste, investiture ou pas de son parti. « Si on ne me la donne pas, je m’en passerai », assure-t-il. L’autre sortant UMP Jacques Legendre pourrait mener aussi sa liste. Pas gênant, selon Lecerf : « L’unité forcenée n’est pas forcément la meilleure solution ». Reste que le secrétaire général adjoint de l’UMP, Marc-Philippe Daubresse, a aussi fait part de sa volonté de se présenter aux sénatoriales, voire de mener sa liste. L’opération semble difficile pour le patron de la fédération UMP du Nord. Devant le trop-plein de candidats dans ce département, l’Elysée s’en mêle et cherche une porte de sortie.
Dans le Nord comme dans les autres régions, tout devrait être réglé d’ici la mi-juin. « On verra beaucoup plus clair à partir du moment où les grands électeurs (qui élisent les sénateurs, ndlr) seront désignés le 17 juin », explique-t-on du côté du groupe UMP du Sénat. Ce qui ne facilite pas la campagne : « Je piétine dans les starting-block en essayant de savoir ce qui se passe. Les maires attendent la composition de notre liste », explique Jean-René Lecerf.
« Humilier personne et trouver une porte de sortie »
Devant ces velléités de listes multiples, la majorité ne veut pas s’inquiéter outre mesure pour le moment. « Tout ça est légitime. Tant que le mouvement n’a pas tranché, chacun y va de sa partition pour tenter d’emporter l’investiture. Il est prématuré de parler de division », pense-t-on au groupe UMP du Sénat. « Tout le monde s’affole et essaie de faire monter les enchères. Ça va se calmer », assure une sénatrice.
Pour conserver l’unité et augmenter les chances de victoire, Gérard Larcher et Jean-Claude Gaudin ne chôment pas. Le président du Sénat multiplie les déplacements – il en est à près de 90 – dans toute la France depuis des mois. Le téléphone sonne beaucoup chez certains maires. « Gaudin rencontre beaucoup de monde. Il faut fusionner les intérêts des uns et des autres », glisse-t-on. Le maire de Marseille, en charge des investitures à l’UMP avec Brice Hortefeux, connaît la carte électorale sur le bout des doigts. Sa méthode : « C’est de parler vrai, d’écouter et d’être humain. Quand il peut arranger les choses, il se met en quatre », explique le sénateur Jean Bizet. « Il cherche à n’humilier personne et à trouver une porte de sortie. Quelle qu’elle soit ». « Il n’est pas du tout dans la menace. Il a toujours fait en sorte que les gens soient bien traités », complète-t-on au groupe UMP. Un élu du Sénat résume : « Gaudin est un vrai tacticien ». Il ajoute : « Larcher et Gaudin sont très à l’écoute des sénateurs. Ils sont à la manœuvre et ont un même objectif : conserver le Sénat ».
« Ne pas jouer avec le feu »
Si on se veut confiant au groupe, certains élus s’impatientent. « Si ça ne se calme pas, si tout le monde se disperse, on risque de perdre le Sénat. Il ne faut pas jouer avec le feu », avertit un sénateur d’Ile-de-France. « Les listes dissidentes font prendre des risques à la majorité, dont on ne sait pas dans quel sens elle va osciller », souligne Jean Bizet.
Le dernier scrutin a laissé de mauvais souvenir à droite : « A cause des divisions, l’UMP avait perdu plus de sièges qu’elle aurait dû. On ne voudrait pas que ça se reproduise, d’autant que la marge sera étroite », reconnaît un responsable du groupe. Mais au final, le samedi 1er octobre 2011, jour d’élection du président du Sénat, la droite espère conserver le Plateau. « La majorité devrait être conservée, mais ce sera très court », croit un sénateur. Même son de cloche au groupe UMP, où on met en avant une donnée de l’équation : si la droite risque de pâtir de ses divisions, elle compte sur celles de la gauche pour compenser les siennes. Dans plusieurs départements, elle n’a rien à lui envier.

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