Alain Lambert : « Monsieur Masson a inventé l’art de faire du buzz sans fondement »

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François Vignal
Le 26.05.2010 à 13:35
lambert - AFP
Le sénateur UMP et président du conseil général de l'Orne, Alain Lambert.
© AFP

Le sénateur Jean Louis Masson fait parler de lui sur la toile pour avoir déposé une proposition de loi visant à interdire l’anonymat des blogueurs. Alors que l’idée n’est pas vraiment bien reçue par les intéressés, Public Sénat a interrogé l’un des premiers politiques à avoir ouvert un blog, le sénateur UMP Alain Lambert. « Il n’y a pas lieu de légiférer sur le sujet », selon lui. Il souligne cependant que « la blogosphère devrait probablement utiliser plus le silence » et n’aurez pas dû faire de publicité à Jean-Louis Masson. Entretien.

Le sénateur Jean-Louis Masson veut interdire l’anonymat des blogueurs. Est-ce nécessaire ou est-ce une atteinte à la liberté d’expression ?
Il n’y a pas lieu de légiférer sur le sujet. La protection de l’identité de la personne doit être commune à tous les supports : papier, radio, télé et numérique, que ce soit sur un blog ou Twitter. Cette proposition de loi est inopportune. Nous avons un droit qui prévoit l’usage du pseudonyme, au point que dans notre droit ce pseudonyme peut figurer sur la carte d’identité. Dans le code de la propriété intellectuelle, qui organise les droits de l’auteur, il lui est explicitement autorisé de publier sous pseudonyme. Il y a des exemples célèbres : Romain Gary, qui a eu deux fois le prix Gongourt, a écrit sous le nom d’Emile Ajar en 1975. Stendhal a aussi publié sous pseudonyme. Ça a toujours été le moyen de favoriser la liberté d’expression. La difficulté vient de l’utilisation du vocable anonymat. A mon avis, il charrie beaucoup de mauvaise réputation. On pense aux lettres anonymes. Il faut plutôt parler de protection de son identité.

Qu'en est-il de la responsabilité des écrits et de la diffamation ?
Il y a aussi l’usurpation d’identité. On le voit sur Twitter. Le droit pénal prévoit des sanctions sur le support papier. Les sanctions pour usage de fausse identité doivent être les mêmes quelque soit le support. Pour la diffamation, le droit prévoit la responsabilité de l’hébergeur. Mais ne soyons pas naïfs. Police et justice ont tous les moyens techniques permettant la traçabilité de l’auteur de l’écrit.

Pourquoi certains blogueurs préfèrent bloguer anonymement ?
C’est l’occasion de se protéger vis-à-vis de son employeur, ou pour un professionnel vis-à-vis de ses clients. Personnellement, je n’ai pas imaginé de faire mon blog sous pseudo. Un politique doit assumer sa responsabilité.

Y a-t-il une tendance vers un plus fort contrôle des pouvoirs publics sur Internet ?
Les pouvoirs publics sont amenés à renforcer la traçabilité de l’information afin que les auteurs de fausses informations puissent être retrouvées et condamnés si ce sont des informations diffamantes. Mais cette tentation de vouloir contrôler une technologie, en devenir encore, serait une démarche vaine. Quand Gutenberg a inventé l’imprimerie, on n’a pas pu mesurer tous les effets de cette invention dans les deux années qui ont suivi. On ne peut pas être pétrifié par rapport aux évolutions du web. Les choses vont s’ordonner au fur et à mesure. Mais il est important d’avoir une traçabilité qui permet à chaque personne d’être responsable.

Mais ce projet de loi de Masson, c’est la confusion entre la notion de pseudonyme et l’anonymat. M. Masson a inventé l’art de faire du buzz sans fondement. La blogosphère devrait se poser des questions. Dès qu’on parle d’elle, elle fabrique un buzz au bénéfice de gens qui ne lui veulent pas de bien. La blogosphère devrait probablement utiliser plus le silence. Si personne n’avait repris sa proposition, elle serait comme de nombreuses autres : elle aurait déjà sombré dans l’oubli.

 
vis savie
Monsieur le Sénateur son honnêteté est reconnue, cependant il y a certains politiques, dont la reflexion est limitée par le peu de connaissance du monde. il y a toujours possibilité de trouver trace de diffamations, préservons le peu des libertés que l'on nous laisse. internet est de notre vie regardons avec comme toutes choses, le bon et le mauvais, je ne retiens que le bon qui permet aussi de se documenter également sur la culture..et les contacts de famille et amis
Zythom
Je trouve au contraire très sain que des citoyens réagissent vivement lorsqu'ils pensent que leur liberté d'expression est en danger. Il est vrai que ces citoyens forment souvent un "tout" que l'on appelle la blogosphère, avec tout ce que l'on peut trouver de péjoratif dans la notion de "microcosme". Et puis c'est l'occasion pour nombre d'internautes de discuter de ces notions, d'échanger et de se voir expliquer et clarifier leurs responsabilités.
OrangeOrange
Alerte sur le net français ! Vous soutenez l'Appel contre le projet de loi pour la fin des pseudos des blogeurs ? http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/702 Oui, Non ?
authueil
Monsieur le Sénateur, une rapporteure a quand même été nommée 15 jours après le dépôt du texte. Le processus législatif est enclenché, il est normal que les blogueurs s'inquiètent. Je vous rappelle qu'une proposition de loi du même Jean Louis Masson, rallongeant de 3 mois à 1 an le délai de prescription pour la diffamation sur internet a été examinée en séance publique et adoptée par le Sénat en 2008 (depuis, elle est au fond d'un tiroir à l'AN) http://www.senat.fr/dossierleg/ppl07-423.html Il y a donc objectivement des raisons de s'alarmer de cette nouvelle initiative de Monsieur Masson.
Alain Lambert
Je pense qu'on ne peut empêcher un parlementaire de déposer une proposition de loi ou un amendement, c'est l'expression de la démocratie. La nomination d'un rapporteur est systématique dès lors que la proposition est juridiquement recevable. Mais les rapporteurs ne s'épuisent pas sur les sujets sans chance. Un amendement a plus de chance de prospérer car il peut s'introduire subrepticement dans un texte. Il vaut d'ailleurs mieux surveiller les amendements que les propositions de loi. Cela étant, J.L. Masson a désormais alerté tout le monde sur cette question et je ne vois pas son idée prospérer. Il vous est possible d'interpeller les présidents de groupes des assemblées, mais, encore une fois, peut-être suis-je naïf, mais je ne vois pas ce genre de disposition voté. Mon sentiment est qu'il faudra bientôt cesser d'en parler sauf à donner une ampleur hors de proportion à la suggestion. Bien cordialement, AL.
authueil
Je ne savais pas que la nomination d'un rapporteur était systématique pour les propositions de loi. Heureusement qu'on ne fait pas ça à l'AN... Pour sa PPL sur le délai de prescription de la diffamation, on aurait pu penser qu'elle ne prospérerait pas, elle a été adoptée.
Koz
Deux réactions. Effectivement, la blogosphère s'est émue bien rapidement d'une proposition fantasque, dépourvue de fondement sérieux. Malheureusement, il n'y a pas de "blogosphère" au sens d'un groupe organisé. Il y a des individualités, souvent jalouses/ravies de leur indépendance. Ajoutez en prime le fait qu'un billet sur la vie des blogs attirent toujours un certain nombre de lectures, qu'ensuite, un article sur "______ enflamme le web" attire également des visites et hop, la mousse monte. Mais en effet, au final, on risque fort de donner du crédit à cette proposition isolée et sans intérêt. Deuxième réaction, vous dîtes : "Je n’ai pas imaginé de faire mon blog sous pseudo. Un politique doit assumer sa responsabilité." Faudrait-il, a contrario, en déduire qu'un blogueur sous pseudonyme n'assume pas sa responsabilité ? ;-) Et, en fin de compte, est-ce vraiment une question de responsabilité ? La question du pseudo a-t-elle une pertinence quelconque pour un politique ? Le blog est la poursuite d'une action publique. Il n'y aurait pas de sens pour un politique à s'exprimer sous pseudonyme alors que ce qui le motive légitimement, c'est la volonté de faire entendre sa voix. Non ?
Alain Lambert
Je suis en total accord avec vous. Si j'ai indiqué que je tenais mon blog sous mon nom c'est parce que l'on m'a posé la question, mais la réponse allait de soi, vous avez raison. Comme vous, je ne vois pas pour quelle raison un politique tiendrait un blog sous un pseudo. S'agissant des blogueurs, je pense que l'utilisation des pseudos est tout aussi évidente, donc pour moi c'est un non sujet. Je pense que le mot "anonymat" et mal choisi car un pseudo est un nom, il n'y a donc pas d'anonymat ! Bref, je pense qu'il faudrait parler de "bloguer sous pseudo"' ce serait plus explicite et sans controverse. Bien cordialement, AL.

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