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« En Egypte, la coupure d’Internet prend quelques minutes »
De par son ampleur, la coupure d’Internet en Egypte est une première disent les spécialistes. Partagez-vous cette impression ?
Quatre grands opérateurs d’un pays qui disparaissent d’un coup, je suis dans le métier depuis quinze ans, je n’ai pas connu de précédent.
L’analyse technique est simple. En Egypte, Internet est centré sur quelques opérateurs qui ont coupé Internet en cessant d’annoncer leurs routes aux autres opérateurs, c’est-à-dire leur réseau d’adresses IP. Vu du réseau, ils se sont suicidés. Pour tous les routers dans le monde, l’Internet égyptien n’est plus là. Les Egyptiens n’ont plus accès à Internet et Internet n’a plus accès à l’Egypte. Cette coupure par un opérateur prend quelques minutes en Egypte mais c’est parfaitement infaisable dans un gros pays.
Pour quelle raison ?
La structure du réseau égyptien, c’est quelques opérateurs avec pour chacun trois ou quatre connexions à l’international. Pour prendre un autre exemple, la structure du réseau français repose sur des milliers d’opérateurs ayant chacun plusieurs connexions à l’international. Pour couper Internet en France, un ministre devrait appeler quelques milliers de gens et beaucoup ne voudraient pas coopérer. Eteindre Internet serait très long. Mais la différence fondamentale, c’est que la France est un Etat de droit.
Ceci étant, alors qu’en Egypte le point de faiblesse vient de l’extrême centralisation du réseau, il y a des tendances très lourdes en France qui voudraient que le réseau devienne plus centralisé. Le gouvernement en a marre d’entendre parler de plein de petits opérateurs. C’est un peu comme dans la téléphonie mobile, c’est une tendance dangereuse qui déstabilise la structure d’un pays. La diversité des opérateurs en France est une richesse.
Comment comparer cette coupure Internet en Egypte avec le verrouillage d’Internet opéré par les autorités tunisiennes avant la chute du régime Ben Ali ?
C’est très différent en Tunisie puisque les autorités essayaient de filtrer le réseau. Ça fait longtemps que la Tunisie filtre massivement le réseau. J’ai cru comprendre que c’était moins le cas en Egypte. Là-bas, ils n’ont pas les équipements pour filtrer, mais couper c’est simple et brutal. De plus, ils ont constaté qu’en Tunisie, filtrer ne suffisait pas.
Pourquoi le gouvernement tunisien n’a-t-il pas tout simplement coupé Internet ?
Les Tunisiens n’espéraient pas avoir besoin d’aller jusque là. En Tunisie, il y avait déjà une mobilisation dans la rue depuis un mois. En Egypte, ça ne fait que deux ou trois jours que ça bouge et que les mots d’ordre circulent sur Internet.
L’arrêt d’Internet peut-il faire échouer les manifestants Egyptiens dans leur tentative de renverser le pouvoir en place ?
La question n’est pas celle de savoir si Internet marchera ou pas. C’est de savoir de quel côté sera l’armée. En Tunisie, l’armée a refusé de tirer sur la foule. En Egypte, il semblerait que l’armée soit en train de faire le contraire. Ce qui fait que les pouvoirs tombent ou pas est la présence ou non du peuple dans la rue. Le simple fait de museler la presse n’empêche pas une révolution.
Pour réparer Internet, la seule chose que les Egyptiens peuvent faire, c’est de descendre dans la rue car en réalité nous sommes face à une coupure politique, pas face à une panne.
A la FDN, vous avez mis en place un système permettant aux Egyptiens d’avoir accès à Internet, quel est ce dispositif ?
Nous avons encore les infrastructures permettant de se connecter en mode bas débit. On a publié un login et un mot de passe auxquels peuvent avoir accès les Egyptiens à condition qu’ils aient accès à une ligne téléphonique internationale. De cette façon, on peut arriver à connecter quelques Egyptiens
Dans quelle mesure Internet est-il devenu un ennemi de taille pour les dictatures ?
Il y a dix ou quinze ans, au mieux on aurait suivi cela au JT dans un sujet de deux ou trois minutes, au pire dans un hebdomadaire. Le rythme de l’information n’a plus rien à voir. Aujourd’hui, les citoyens qui ont envie de voir 50 minutes d’images sur la Tunisie peuvent le faire. Tout acte du gouvernement égyptien est sur Internet dans la minute qui suit. La France et les diplomaties étrangères ne peuvent plus ne pas savoir et ne peuvent plus attendre avant de réagir.




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