La gauche prend le Sénat avec deux sièges d’avance, «un jour qui marque l’histoire»

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François Vignal
Le 26.09.2011 à 01:16
bel - AFP
Le président du groupe PS du Sénat, Jean-Pierre Bel (au centre), avec Bernard Frimat (à gauche) et Didier Guillaume (à droite).
© AFP
La gauche prend de justesse la majorité du Sénat à la droite. Une première sous la Ve. « Une révolution de Palais », selon Hollande. Champagne et larmes de joie. Le président du groupe PS Jean-Pierre Bel peut espérer remporter la présidence. Mais le sortant Gérard Larcher n’a pas dit son dernier mot…

De mémoire de sénateurs, c’est du jamais vu. Des cris, des pleurs, du champagne, des applaudissements, une salle des conférences noire de monde... Même François Hollande et Martine Aubry se sont montrés côte à côte. Les deux candidats descendent l’escalier qui mène au groupe PS derrière un homme, peu connu du grand public : Jean-Pierre Bel. Le président du groupe PS du Sénat sera peut-être le prochain président de la Haute assemblée, samedi prochain. Car dimanche soir, le gauche a pris le Palais du Luxembourg. Une victoire historique. Finie «l’anomalie démocratique », comme l’avait qualifiée Lionel Jospin.

« Ce 25 septembre 2011 est un jour qui marque l’histoire. C’est la première fois sous la Ve République que le Sénat va connaître l’alternance. Le changement est en marche », s’est réjoui Jean-Pierre Bel, en fin de journée. Au compteur, il relève « 175 sièges de gauche de façon certaine », soit la majorité au Sénat. Et « la gauche peut espérer remporter 24, 25 ou 26 sièges supplémentaires ».

Seuls 2 sièges d'avance

Peu avant 1 heure du matin, les derniers résultats tombent des Antilles. Ils confirment la victoire de la gauche qui ne se fait… qu’à 2 petits sièges de plus que la majorité absolue, portant le total de la nouvelle majorité à 177. Ironie de l'histoire, c'est le divers gauche Serge Larcher, un homonyme de l'actuel président UMP du Sénat, Gérard Larcher, qui emporte le 175e siège.

Pour François Hollande, « c’est un événement historique », « une révolution de Palais ». Cette défaite de la droite « est un traumatisme pour Nicolas Sarkozy », selon le socialiste. Il ajoute : « La règle d’or, Nicolas Sarkozy sait que c’est fini ». Martine Aubry, qui n’est pas toujours des plus appréciée de tous les sénateurs socialistes – son combat contre le cumul des mandats a laissé des traces – était « heureuse ». « C'est un échec pour le président de la République ».

Larcher ne peut cacher son émotion

Quelques minutes plus tard, le président du Sénat sortant, Gérard Larcher, ne peut cacher son émotion. Sa voix est anormalement tendue. « La poussée de la gauche est réelle, elle est plus ample que je ne l'avais estimée », a reconnu le sénateur des Yvelines. Il avait pourtant exprimé depuis plusieurs mois sa confiance, avec une majorité conservée de « 6 à 12 sièges » disait-il. « Ce résultat est la conséquence des élections locales de 2008 et 2010 », ajoute Larcher, reprenant le mot d’ordre de la soirée côté UMP.

A 22 heures, sur le plateau de Public Sénat, Gérard Larcher parle de « défaite de l’actuelle majorité sénatoriale », ce qu’il n’avait encore pas fait deux heures plus tôt. Sûrement trop dur. Une défaite personnelle ? « Je n’en sais rien, mais je l’assume ». Selon le président du Sénat, les affaires, Karachi en tête, ont « joué un rôle important ».

« Manœuvres » et « conciliabules »

Si le Sénat remporte sur le papier la majorité, les choses peuvent être plus compliquées pour l’élection du président du Sénat, samedi prochain. « Ce n’est pas uniquement un calcul mathématique », souligne Gérard Larcher. La droite affirmait avant le scrutin que Larcher pouvait compter sur quelques soutiens à gauche…

Jean-Pierre Bel n’apprécie pas : « Si certains essaient de vous raconter des histoires, qu’il pourrait y avoir de petites manœuvres, de petits conciliabules, qu’on pourrait acheter un tel ou tel… On a vu Nicolas Sarkozy avoir recours au débauchage, (…) je pense que c’est une mauvaise idée ». Et d’ajouter, que le débauchage, « c’est bon dans les deux camps… ». En patron, il prévient qu’« on n’est pas un club de philatéliste. On est des parlementaires. On est dans un camp, on va jusqu’au bout ».

Discussions sur les postes à gauche…

Reste à s’entendre avec les alliés. Le groupe RDSE, à majorité radicale de gauche, compte bien se faire entendre. Le patron du PRG, le sénateur Jean-Michel Baylet, candidat à la primaire, met la pression : « Jean-Pierre Bel peut-être le candidat (à la présidence du Sénat), il peut y en avoir d’autres. Tout est ouvert ». Le groupe décidera mardi. Baylet souhaite que le PS « respecte ses alliés. Il faut se mettre d’accord ».

Se mettre d’accord sur les postes. Et déjà sur le Plateau. L’ex-ministre de la Culture Catherine Tasca, expliquait la semaine dernière avoir « envie » d’être la candidate du PS à la présidence. Mais selon le sénateur Didier Guillaume, très proche de Jean-Pierre Bel, « il ne devrait y avoir qu’un candidat PS à la présidence », Jean-Pierre Bel. Sur le plateau de Public Sénat, il s’est prévalu du soutien des deux principaux candidats à la primaire : « Hollande et Aubry m’ont dit la même chose : qu’ils me voyaient futur président du Sénat ».

« On va faire en sorte qu’à l’arrivée il y a une majorité soudée », explique Didier Guillaume. Et des postes pour chacun. Déjà des noms circulent pour remplacer Bel à la présidence du groupe PS. On parle justement de Didier Guillaume, mais aussi de François Rebsamen, engagé dans la campagne d’Hollande. Décision le mardi 4 octobre.

« Qui aurait dit qu’après Paris, on prendrait le Sénat ? »

Mais ce soir, la gauche ne boude pas son plaisir. Les larmes de joie succèdent aux embrassades. Le sénateur PS de Paris, David Assouline, réélu : « Qui aurait dit qu’après la prise de la ville de Paris, on allait vivre la prise du Sénat ? C’est génial ! »

La semaine prochaine, les discussions iront bon train derrières les murs épais du Palais du Luxembourg. Gérard Larcher arrivera-t-il à convaincre des sénateurs de l’autre rive de voter pour lui ? Il doit présenter sa feuille de route « dans 48 heures » pour les convaincre. Discussions aussi entre le PS et ses alliés. Ecologistes – Cécile Duflot demande un groupe pour les 10 sénateurs d’Europe Ecologie – radicaux, on l’a vu avec Baylet, et communistes. Et pourquoi pas centristes. Jean-Pierre Bel « lance un appel » et veut « tendre la main à toutes celles et tout ceux qui veulent rejoindre cette nouvelle majorité ». La majorité sénatoriale a parfois ses particularités, qu’elle soit de droite ou de gauche. Mais ce dimanche soir, le Palais du Luxembourg n’est plus le même. Il est à gauche. Et ça devrait changer beaucoup de choses…

 

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