Benjamin Sportouch le commentateur de france inter ferait la demonstration inverse si la majorité des ministres n'était pas des élus
«L’UMP devient le parti de l’insécurité routière»
L’Assemblée nationale a voté hier un assouplissement du permis à points contre l’avis du gouvernement. Le délai pour un conducteur pour récupérer l’intégralité de ses points est abaissé à deux ans contre trois ans actuellement, sauf pour les infractions et les délits de quatrième classe et au-delà (alcoolémie comprise entre 0,5 et 0,8g, conduite à contresens…) pour lesquels la règle reste inchangée. Le sénateur UMP Alain Fouché, à l’origine de l’amendement, « se réjouit » de ce vote. Un assouplissement qui « accable » Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière (LCVR). Entretien.
Comment réagissez-vous au lendemain du vote de l’assouplissement des délais de récupération des points perdus ?
Nous sommes accablés par ce vote. Nous le sommes d’autant plus qu’il était prévisible. D’après l’Observatoire national de la sécurité routière, 90% des conducteurs ont entre 10 et 12 points et 75% des automobilistes disposent de l’intégralité de leurs points. Sur l’ensemble des usagers de la route qui conduisent sans permis, les ¾ ne l’ont jamais passé. Alors sous couvert de défendre une minorité d’automobilistes et sous prétexte de lutter contre la conduite sans permis, les députés n’ont pas assoupli le permis à points mais l’ont affaibli.
Avez-vous le sentiment d’avoir été abandonné par le gouvernement ?
Nous avons l’impression que la majorité UMP a trahi son leader, Nicolas Sarkozy. Alors que le PS est resté uni en votant contre l’amendement, le parti présidentiel est devenu le parti de l’insécurité routière. J’ai le sentiment qu’il s’agit d’un règlement de compte de la part d’une fraction de députés UMP qui n’a pas pardonné au Président la circulaire de décembre 2002. Nicolas Sarkozy était alors ministre de l’Intérieur et avait eu le courage de s’attaquer aux indulgences vis-à-vis des contraventions et des PV. Il faut tout de même rappeler qu’avant cette circulaire, plus de la moitié des PV sautaient en France. Les députés sont peut-être nostalgiques du temps où ils pouvaient se dérober ? D’ailleurs nous posons la question de savoir s’il n’existe pas un conflit d’intérêts ? Les députés ont-ils tous leurs points ?
L’assouplissement ne concerne pas les infractions les plus graves. L’essentiel de la lutte contre l’insécurité routière n’est-il donc pas préservé ?
Depuis 2002, la vitesse moyenne des Français a baissé de 11km/h ce qui a engendré une baisse de 44 % du nombre de tués sur les routes. Or c’est en luttant contre les petits excès de vitesse que la vitesse moyenne baisse parce que les conducteurs sont amenés à modifier leur comportement. Mais qui peut croire aujourd’hui qu’en affaiblissant le permis à points, les conducteurs seront plus vigilants. Ce signal négatif lancé par l’Assemblée nationale rend impossible l’objectif d’être sous la barre des 3000 morts en 2012.
Quelles mesures recommandez-vous aux pouvoirs publics afin de lutter contre l’insécurité routière ?
Tous les lobbys de la désinformation occupent le terrain aujourd’hui. Ainsi, dans un premier temps il est nécessaire que le ministère de l’Intérieur accompagne les campagnes de communication par des politiques d’information. Il faut davantage informer les usagers de la route, leur expliquer la politique sécuritaire, le pourquoi des contraintes. Ensuite parmi les mesures que nous revendiquons, nous sommes favorables à une mise en place rapide du LAVIA (limiteur s’adaptant à la vitesse autorisée). Ce système embarqué dans un véhicule contraint le conducteur à ne pas dépasser les vitesses autorisées. D’une part le LAVIA rendrait les radars routiers obsolètes et d’autre part il mettrait tout le monde d’accord. Tous les conducteurs de bonne foi qui sont sanctionnés pour des petits excès de vitesse, seraient ainsi protégés par ce type de système. En 2006, le LAVIA a été testé et sa fiabilité a été reconnue. Néanmoins les constructeurs automobiles restent frileux à sa commercialisation. S’il existait une réelle volonté politique, le LAVIA pourrait être mis en place rapidement. L’enjeu est pourtant crucial : Est-ce que nous sommes prêts à travailler tous ensemble pour réduire le nombre de victimes sur les routes ?

.jpg)



Réagir