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Sarkozy à l’AMF : « Très bon discours » ou « n’importe quoi » ?
C’était le retour de Nicolas Sarkozy au congrès de l’Association des maires de France. Après les sifflets essuyés par François Fillon l’an dernier, le chef de l’Etat s’en est sorti sans trop de casse, côté ambiance. En début du discours, des huées montent de la salle. Quand Nicolas Sarkozy évoque les retraites, ce sont même quelques sifflets, mêlés d’applaudissements. « Pour les protestations et les applaudissements, attendez la fin », propose le chef de l’Etat. Bien vu : son discours terminé, pas de standing ovation, mais une salle qui applaudit. Tout juste un petit « Houuu » de réprobation, vite couvert.
« Il arrive à retourner la salle pendant son discours. C’est un expert »
« Il arrive à retourner la salle pendant son discours. C’est un expert », s’étonne Alain Vinel, maire (non-inscrit) de Bussang (1670 habitants, Vosges). Il minimise : « Il y a peut-être aussi un peu de claque ». « Au début, on l’a sifflé. A la fin, on l’a applaudi. Il a convaincu », se réjouit une autre édile. Vite interrompue par Christine Priotto : « Le fan-club de Sarkozy, ça va 5 minutes… Il n’a pas été à la hauteur d’un Président. Ses idées sont convenues et médiocres », lance cette maire PS de Dieulefit (3400 habitants, Drôme).
On l’a compris, le discours de Nicolas Sarkozy ne lui a pas plu. Notamment quand il lance que « le responsable, c’est à lui à qui il convient de dire non. L’irresponsable dit oui ». « Quand on me demande des toilettes dans les chambres pour les pensionnaires de la maison de retraites, je vais leur dire non ? Le Président est dans le renoncement », s’énerve Christine Priotto.
Arguments « très exagérés »
Pour convaincre les maires rassemblés au parc des expositions de la porte de Versailles, ce mardi après-midi à Paris, Nicolas Sarkozy sort la grosse artillerie. « Les vraies réformes, elles sont douloureuses et difficiles, sinon elles auraient été faites ». Pour justifier les plus polémiques, notamment celle des collectivités territoriales, le chef de l’Etat les compare à l’abolition de la peine de mort, à la loi sur l’IVG ou la décolonisation.
« Il a voulu frapper par des phrases chocs pour que ça rentre dans les esprits, pour montrer que la réforme des retraites et les autres font grogner mais font aussi avancer », pense Patricia Moilliet, maire-adjointe (non-inscrite) à Molière (1380 habitants, Tarn-et-Garonne). « Pas du tout exagéré », selon Philippe Martin, maire-adjoint (UMP) d’Antony, dans les Hauts-de-Seine. « Le message est qu’il faut faire les réformes, même si ce n’est pas l’esprit du moment ». Pour Jean-Marie Perreau, maire de Villard-Raynard (60 habitants, Isère), c’est en revanche « très exagéré. Il n’y a pas besoin d’aller chercher ce type d’argument pour justifier une réforme qui n’est pas à la hauteur ». Question de point de vue. Et de couleur politique.
« En France, on aime le roi »
Les maires sont – forcément – partagés. « Discours réaliste », « très bon discours », « heureusement que nous l’avons » d’un côté. Pour d’autres, c’est plutôt « pas convainquant », « toujours des interrogations » et « autosatisfaction ».
« Il dit n’importe quoi. A l’entendre, il a toujours raison. Mais bon… Il sait bien parler », reconnaît Gilbert Fixaris, maire (sans étiquette) de Saint-Louis (720 habitants, Moselle). Si Sarkozy a « rassuré les maires », croît Jean-Claude Leroy, maire (UMP) de Sergines (Yonne), il pointe encore « le problème des financements des collectivités ». Christiane Jury, maire (UMP) d’Echalas (1500 habitants, Rhône) est rassurée côté financement, mais « ressent des arrangements politiques sur les métropoles ».
Le célèbre Jean Lassalle, maire (Modem) de Lourdios-Ichère (146 habitants, Pyrénées-Atlantiques) a lui « raté le discours », pensant « que c’était à 17 heures ». « On m’a dit que c’était très bien. Il faut le faire. Il vient quasiment de faire disparaître les conseillers généraux et fait disparaître 25.000 communes par les regroupements. Je trouve les maires optimistes », lâche-t-il. Et d’ajouter : « Mais en France, on aime le roi, même si on lui a coupé la tête. Ceux qui l’enterrent, l’enterrent un peu vite ».

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