Dernières heures de campagne pour les élections sénatoriales 2027. Ce dimanche 27 septembre, 93469 grands électeurs, composés à 95 % de conseillers municipaux, sont appelés à renouveler la moitié de la Haute assemblée. 178 sièges sont à pouvoir (voir la liste des 1686 candidats sur notre carte interactive). Pour ceux qui n’auraient pas suivi, on fait le point sur les principaux enjeux.
Un groupe LR qui devrait perdre quelques plumes
Pour les LR, une chose est sûre : ils devraient rester le premier groupe du Sénat. Mais avec 131 membres aujourd’hui, le groupe présidé par Mathieu Darnaud devrait encore perdre des plumes dans le scrutin, comme il y a 3 ans. Selon les dernières estimations, le recul pourrait se trouver quelque part entre 3 et 10 sièges, notamment face au RN, qui devrait lui prendre des sièges dans l’arc méditerranéen. Pas un drame, mais l’enjeu pour la droite, c’est son poids au sein de la majorité sénatoriale, composée avec le groupe Union centriste, sans qui les LR n’ont pas la majorité absolue. Un rapport de force qui sera à regarder de près, dimanche soir. Mais il ne sera peut-être pas totalement fixé. Car les sénateurs auront jusqu’au lundi 5 octobre, 16 heures, pour choisir leur groupe. Ce qui laisse le temps aux tractations, pressions ou opérations séduction.
Reste que le groupe LR restera le pilier principal de la majorité sénatoriale de Gérard Larcher, qui vient d’officialiser sa nouvelle candidature pour le Plateau, l’équivalent du Perchoir de l’Assemblée nationale. Après ses victoires de 2008, 2014, 2017, 2020 et 2023 – 2011 mis à part avec le socialiste Jean-Pierre Bel – Gérard Larcher devrait de nouveau présider l’institution. Et dans le contexte politique incertain, où Marine Le Pen pourrait remporter la présidentielle, le sénateur des Yvelines rappelle, dans sa lettre programme, que le Sénat doit « assurer un contre-pouvoir indispensable à la démocratie ».
Le groupe centriste va-t-il devenir le deuxième groupe devant le PS ?
Du côté de l’Union centriste, c’est un mélange de calme et de prudence, toute sénatoriale. Le groupe présidé par Hervé Marseille mise sur une stabilité pour le scrutin, voire une légère progression, si tout se passe bien. De quoi renforcer son poids au sein de la majorité sénatoriale, face aux LR. Une situation qui n’est pas sans créer quelques tensions à droite, comme la situation dans les Bouches-du-Rhône, pour le moins baroque, l’illustre (voir notre article).
Avec 59 sénateurs aujourd’hui, l’enjeu est aussi pour les centristes de devenir le second groupe du Sénat, en coiffant au poteau le groupe PS, composé aujourd’hui de 64 membres. Prendre cette place ne serait pas que symbolique. Cela compte pour le nombre de questions d’actualité. Etre plus de 60 permettrait au groupe UC de saisir seul le Conseil constitutionnel (il faut être 60 sénateurs). De quoi aussi donner plus de poids au sein des commissions.
Le RN arrivera-t-il à faire son premier groupe au Sénat ?
C’est l’un des principaux enjeux, si ce n’est le principal, de ces sénatoriales : le RN espère obtenir pour la première fois un groupe au Sénat. A la Haute assemblée, il faut être 10 pour se constituer en groupe. Avec seulement 3 sénateurs, le RN part de loin. Géant aux pieds d’argile, le RN pâtit jusqu’ici d’une faible implantation locale. Mais après des municipales où il a progressé, le parti d’extrême droite espère gagner au moins les 7 sénateurs qui lui manquent, grâce aussi à l’apport de son allié UDR, le parti d’Eric Ciotti, qui a remporté la ville de Nice.
Mais si les chances du RN semblent sérieuses, le groupe n’est pas assuré automatiquement. « Ce n’est pas acquis », reconnaît le vice-président du RN, Sébastien Chenu, mais « probablement à notre portée ». A y regarder de près, on compte 3 sièges qui semblent assurés (deux dans les Alpes-Maritimes et un, voire deux, dans les Bouches-du-Rhône), 2 sièges avec de bonnes chances (Var et Vaucluse), 3 départements de conquête, où le RN « espère de bonnes surprises » mais où il doit pour cela aller chercher au-delà de son socle de grands électeurs pour gagner (Gironde, Gard, Hérault). Puis les départements où les chances sont plus faibles, mais sur lequel le parti garde un œil (Sarthe, avec Marie-Caroline Le Pen, Aisne, ou encore le Tarn et le Tarn-et-Garonne, avec l’UDR).
Le PS espère limiter la casse grâce à ses accords avec Les Ecologistes
Le groupe PS espère maintenir la ligne de flottaison dans cette élection. Patrick Kanner, à la tête du groupe qui compte 64 sénateurs, espère une stabilité, pour ne pas dire limiter la casse, grâce aux accords passés ici ou là avec les écologistes ou les communistes. Mais une perte de sièges n’est pas à exclure.
La dernière ligne droite n’a pas été de tout repos, car la liste en Seine-Maritime, où les socialistes, autour de Nicolas Mayer Rossignol, refusaient la place de second pour Les Ecologistes, a failli faire capoter l’accord. Tout est finalement rentré dans l’ordre. Une élection sans tension, notamment à gauche, ça n’existe pas.
Patrick Kanner aura ensuite un autre scrutin, interne, à gérer ensuite. Car le sénateur Rachid Temal conteste sa présidence et vise son poste. Son collègue Michaël Weber, qui n’excluait rien avant l’été, a finalement décidé de ne pas se lancer.
Les Ecologistes risquent de perdre quelques sièges
Après la perte de Bordeaux et Strasbourg, les sénatoriales s’annoncent compliquées, sur le papier, pour le groupe écologiste. Il craint de perdre « 2 à 3 sièges », en Gironde, dans le Bas-Rhin ou dans le Rhône, nous expliquait son président, Guillaume Gontard. Mais dans cette logique d’accord « gagnant-gagnant » passé avec les socialistes, Les Ecologistes espèrent compenser et ainsi limiter la casse. Des tensions avec les socialistes, en Seine-Maritime (voir ci-dessus), ont failli remettre tout en cause, avant que les choses ne rentrent dans l’ordre.
Mais de leur côté aussi, la dernière ligne droite n’a pas été sans surprise, avec la liste dissidente déposée au tout dernier moment, dans le Rhône, par Bruno Bernard, ancien président de la Métropole de Lyon. Le parti soutient pourtant la liste menée par le sénateur Les Ecologistes sortant, Thomas Dossus, dont la numéro 2 est la socialiste Hélène Geoffroy, issue de l’aile la plus sociale-démocrate du PS. Une candidature dissidente qui pourrait compliquer l’élection de la socialiste et permettre, peut-être, aux écologistes de conserver deux sièges… Si elle est bien réélue pour les Français établis hors de France, c’est Mélanie Vogel qui reprendra la tête du groupe.
Pas de sénateur pour LFI… ce coup-ci
Le principal espoir de LFI résidait dans le Rhône, pour ce scrutin. Mais faute d’accord avec Les Ecologistes, les espoirs de la formation de Jean-Luc Mélenchon ont été douchés. LFI aurait cependant pu espérer qu’une partie des écologistes, mécontents de l’accord avec la socialiste Hélène Geoffroy, allaient glisser un bulletin LFI.
Mais avec la liste dissidente de l’écologiste Bruno Bernard, les chances de voir arriver le premier sénateur insoumis disparaissent. Au global, LFI a finalement décidé de présenter ses propres candidats, dans 90 départements. En revanche, les sénatoriales 2029 seront une meilleure série pour LFI, avec des sièges espérés en Seine-Saint-Denis et dans le Nord.
Quelle place pour le groupe Les Indépendants, à majorité Horizons, au sein de la majorité de Gérard Larcher ?
Ça ne saute pas aux yeux au premier abord, mais c’est au sein du groupe Les Indépendants – République et Territoires (LIRT), que siègent les sénateurs Horizons. Du moins une bonne partie, avec 11 sénateurs du parti d’Edouard Philippe. Les 7 autres sont surtout au groupe centriste.
Le groupe présidé par Claude Malhuret espère une stabilité, voire « gagner des sièges ». Mais l’autre enjeu pour le groupe, c’est sa place au sein de l’institution. Car si les indépendants votent pour Gérard Larcher pour la présidence du Sénat, ils ne font pas partie à proprement parler de la majorité sénatoriale, composée des LR et UC. Or certains membres du groupe LIRT ne seraient pas contre rejoindre la majorité, ce qui impliquerait qu’ils fassent partie de la répartition des postes à responsabilité (présidences de commissions, de délégations). Si LR et UC n’ont plus de majorité absolue, cela pourrait accélérer les choses. L’avance est aujourd’hui de 15 sièges.
Mais une nouvelle majorité, ce n’est pas encore fait. « Pour que la majorité s’élargisse, il faudrait un accord du groupe LR et centriste. Vous ne faites pas un mariage à trois sans l’accord des deux premiers ! » lâche un sénateur du groupe centriste, qui prévient que « c’est une décision qu’on doit avoir dans le groupe ».
L’hypothèse pourrait faire davantage sens, dans un second temps, dans le cadre d’une recomposition post-présidentielle. Si les LR rejoignaient Edouard Philippe, un rapprochement serait sûrement facilité.
« Ressouder » par la disparition de François Patriat, l’espace politique du groupe RDPI pourrait être redéfini après la présidentielle
Du côté du groupe RDPI, à majorité Renaissance, l’enjeu sera de gérer l’après Macron, ainsi que l’après François Patriat. La disparition cet été du président du groupe, fidèle du chef de l’Etat et figure de la Haute assemblée, a eu finalement pour conséquence de « ressouder » les liens, au sein du groupe, où les sénateurs ultramarins composent une bonne partie des troupes.
Pour prendre la tête du groupe, plusieurs noms circulent : Xavier Iacovelli, sénateur des Hauts-de-Seine et vice-président du Sénat, le sénateur de l’Yonne et ancien ministre, Jean-Baptiste Lemoyne, ainsi que le sénateur de Mayotte, Thani Mohamed Soilihi, lui aussi ancien ministre. « Je n’ai jamais caché mes ambitions », nous confirmait début septembre Xavier Iacovelli.
Mais là aussi, c’est l’après 2017 qui pourrait changer les choses et l’espace politique du groupe pourrait être redéfini. « D’ici la présidentielle, il ne va rien se passer. On aura les mêmes groupes. Mais avec la nouvelle majorité présidentielle, ça va forcément entraîner une reconfiguration, comme en 2017 », avançait un sénateur RDPI. Un autre résumait : « Le grand chamboule-tout aura lieu plutôt après la présidentielle ».